Affichage des articles dont le libellé est chien. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est chien. Afficher tous les articles

lundi 4 juillet 2011

Repas du soir

En triant nos fichiers sur le PC familial, je trouve une recopie par Lucien d'un texte d'Anatole France. Comme il y est parlé de Riquet, je colle ce texte ici :

Chapitre I de Monsieur Bergeret à Paris d’Anatole France :

  M. Bergeret était à table et prenait son repas modique du soir ; Riquet était couché à ses pieds sur un coussin de tapisserie. Riquet avait l’âme religieuse et rendait à l’homme des honneurs divins. Il tenait son maitre pour très bon et très grand. Mais c’est principalement quand il le voyait à table qu’il concevait la grandeur et la bonté souveraine de M. Bergeret. Si toutes les choses de la nourriture lui étaient sensibles et précieuses, les choses de la nourriture humaine lui étaient augustes. Il vénérait la salle à manger comme un temple, la table comme un autel. Durant le repas, il gardait sa place aux pieds du maître, dans le silence et l’immobilité.
-- C’est un petit poulet de grain, dit la vieille Angélique en posant le plat sur la table.
-- Eh bien ! veuillez le découper, dit M. Bergeret, inhabile aux armes, et tout à fait incapable de faire œuvre d’écuyer tranchant.
-- Je veux bien, dit Angélique ; mais ce n’est pas aux femmes, c’est aux messieurs à découper la volaille.
-- Je ne sais pas découper.
-- Monsieur devrait savoir.
  Ces propos n’étaient point nouveaux ; Angélique et son maître les échangeaient chaque fois qu’une volaille rôtie venait sur la table. Et ce n’était pas légèrement, ni certes pour épargner sa peine, que la servante s’obstinait à offrir au maître le couteau à découper, comme signe de l’honneur qui lui était dû. Parmi les paysans dont elle était sortie et chez les bourgeois où elle avait servi, il est de tradition que le soin de découper les pièces appartient au maître. Le respect des traditions était profond dans son âme fidèle. Elle n’approuvait pas que
M. Bergeret y manquât, qu’il se déchargeât sur elle d’une fonction magistrale et qu’il n’accomplît pas lui-même son office de table, puisqu’il n’était pas assez grand seigneur pour le confier à un maître d’hôtel, comme font les Brécé, les Bonmont et d’autres à la ville et à la campagne. Elle savait à qui l’honneur oblige un bourgeois qui dine dans sa maison et elle s’efforçait, à chaque occasion, d’y ramener M. Bergeret.
-- Le couteau est fraichement affûté. Monsieur peut bien lever une aile. Ce n’est pas difficile de trouver le joint quand le poulet est tendre.
-- Angélique, veuillez découper cette volaille.
  Elle obéit à regret, et alla, un peu confuse, découper le poulet sur un coin du buffet. A l’endroit de la nourriture humaine, elle avait des idées plus exactes mais non moins respectueuses que celles de Riquet.
  Cependant M. Bergeret examinait, au-dedans de lui-même, les raisons du préjugé qui avait induit cette bonne femme à croire que le droit de manier le couteau à découper appartient au maître seul. Ces raisons, il ne les cherchait pas dans un sentiment gracieux et bienveillant de l’homme se réservant une tâche fatigante et sans attrait. On observe, en effet, que les travaux les plus pénibles et les plus dégoûtants su ménage demeurent attribués aux femmes, dans le cours des âges, par le consentement unanime des peuples. Au contraire, il rapporta la tradition conservée par la vieille Angélique à cette antique idée que la chair des animaux, préparée pour la nourriture de l’homme, est chose si précieuse que le maître seul peut et doit la partager et la dispenser. Et il rappela dans son esprit le divin porcher Eumée recevant dans son étable Ulysse qu’il ne reconnaissait pas, mais qu’il traitait avec honneur comme un hôte envoyé par Zeus. « Eumée se leva pour faire les parts, car il avait l’esprit équitable. Il fit sept parts. L en consacra une aux Nymphes et à Hermès, fils de Maïa, et il donna une des autres à chaque convive. Et il offrit à son hôte, pour l’honorer, tout le dos du porc. Et le subtil Ulysse s’en réjouit et dit à Eumée : --Eumée, puisses-tu toujours rester cher à Zeus ^paternel, pour m’avoir honoré, tel que je suis, de la meilleure part ! » Et M. Bergeret, près de cette vieille servante, fille de la terre nourricière, se sentait ramené aux jours antiques.
-- Si Monsieur veut se servir ?..
  Mais il n’avait pas, ainsi que le divin Ulysse et les rois d’Homère, une faim héroïque. Et, en dinant, il lisait son journal ouvert sur la table. C’était là encore une pratique que la servante n’approuvait pas.
-- Riquet, veux-tu du poulet ? demanda M. Bergeret. C’est une chose excellente.
  Riquet ne fit point de réponse. Quand il se tenait sous la table, jamais il ne demandait de nourriture. Les plats, si bonne qu’en fut l’odeur, il n’en réclamait point sa part. Et même il n’osait toucher à ce qui lui était offert. Il refusait de manger dans une salle à manger humaine. M. Bergeret, qui était affectueux et compatissant, aurait eu plaisir à partager son repas avec son compagnon. Il avait tenté, d’abord, de lui couler quelques menus morceaux. Il lui avait parlé obligeamment, mais non sans cette superbe qui trop souvent accompagne la bienfaisance. Il lui avait dit :
-- Lazare, reçois les miettes du bon riche, car pour toi, du moins, je suis le bon riche.
  Mais Riquet avait toujours refusé. La majesté du lieu l’épouvantait. Et peut-être aussi avait-il reçu, dans sa condition passée, des leçons qui l’avaient instruit à respecter les viandes du maître.

dimanche 3 juillet 2011

Revenons à notre chien

Pas de journal pour quelques temps.
Attendons et voyons ce qu'écrira tante Jeanne.

Tentative de retour à l'historique des blogs des Bergeret, toujours bloqué sur une affaire de chiens et de chats.

Pourquoi pas ce chien-ci?

mardi 1 mars 2011

Le Chien

Connaissez-vous Riquet ? (J’entends le chien d’Anatole France)
Si vous êtes surs de bien le connaitre, arrêtez ici votre lecture.

Voici le récit de la première rencontre de Riquet et son maitre, tel que vous pourriez le lire dans L’anneau d’améthyste :

« Un matin, comme M. Bergeret, assis devant sa table, près de la fenêtre sur laquelle tremblaient les feuilles du platane, recherchait comment les vaisseaux d’Enée avaient été changés en nymphes, il entendit gratter à la porte et vit tout aussitôt la vieille servante qui portait sur son ventre, comme une sarigue, un nourrisson dont la tête noire sortait du tablier troussé en manière de poche. Elle resta un moment immobile, avec un air d’inquiétude et d’espérance, puis elle posa le petit être sur le tapis aux pieds du maitre.
--Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda M. Bergeret.
C’était un petit chien de race incertaine, qui tenait du terrier, avec une jolie tête, bien coiffé, le poil ras, couleur feu très sombre, et un bout de queue de rien du tout. Il avait le corps encore mou des petits, et il allait, flairant sur le tapis.
--Angélique, dit M. Bergeret, portez cette bête à ses maitres.
--Monsieur, elle n’en a pas, répondit Angélique.
M. Bergeret regarda en silence le petit chien qui était venu sentir ses pantoufles et qui reniflait agréablement. M. Bergeret était philologue. C’est peut-être pourquoi il fit, dan ces conjonctures, cette vaine question :
--Comment s’appelle-t-il ?
--Monsieur, répondit Angélique, il n’a pas de nom.
M. Bergeret parut contrarié de cette réponse. Il regarda le chien d’un air de tristesse et de découragement.
Alors le chien posa ses deux pattes de devant sur la pantoufle de M. Bergeret et, la tenant ainsi embrassée, il en mordilla la pointe avec innocence. M. Bergeret, soudain attendri, prit sur ses genoux le petit être sans nom. Le chien le regarda. Et M. Bergeret fut ému par ce regard confiant.
--Le bel œil ! dit-il.
Il est vrai que ce chien avait de beaux yeux, des prunelles marron avec des lueurs dorées, dans une amande d’un blanc chaud. Et le regard de ces yeux exprimait des idées simples et mystérieuses, qu’on sentait communes aux animaux pensifs et aux êtres simples qui vivent sur la terre.
Mais fatigué, peut-être, de l’effort intellectuel qu’il venait de faire pour communiquer avec l’homme, il ferma ses beaux yeux et découvrit, dans un large bâillement, sa gueule rose, sa langue en volute et l’armée de ses dents éclatantes.
M. Bergeret lui mit la main dans la gueule. Le petit chien lui lécha la main. Et la vieille Angélique, rassurée, sourit. »

« Comment s’appelle-t-il ? » avait demandé M. Bergeret.
Un peu plus tard, après quelques échanges philosophiques qui endormirent le petit chien,

« M. Bergeret, revenant à l’idée qui l’avait d’abord occupé, dit à la servante :
--Il faut lui donner un nom.
Elle répondit en riant, les mains sur le ventre, que ce n’était pas difficile.
Sur quoi M. Bergeret fit intérieurement cette réflexion que tout est simple aux simples, mais que les esprits avisés qui considèrent les choses sous des aspects divers et multiples, invisibles au vulgaire, éprouvent une grande difficulté à se décider même dans les moindres affaires. Et il chercha un nom qui pût convenir à cette petite chose animée qui, dans le moment mordillait la frange du tapis.
--Tous les noms de chien, pensa-t-il, conservés dans les traités de nos vieux veneurs, comme du Fouilloux, et dans les vers de nos poètes agrestes, comme La Fontaine, Finaud, Miraut, Briffaut, Ravaud, désignent des chiens de chasse, la noblesse du chenil, la chevalerie de la canaille. Le chien d’Ulysse s’appelait Argos. Il était chasseur aussi. Homère nous l’apprend. « En sa jeunesse, il chassait les petits lièvres d’Ithaque. Mais il était vieux et ne chassait plus. » Il nous faut tout autre chose ici. Les noms que les vieilles demoiselles ont coutume de donner à leur toutou conviendraient mieux, s’ils n’étaient généralement prétentieux et laids. Azor est ridicule.
Ainsi songeait M. Bergeret et il rappelait dans son esprit beaucoup de noms de chiens sans en trouver un seul qui lui fût plaisant. Il pensa en inventer un, mais il n’avait pas d’imagination.
Enfin :
--En quel jour sommes-nous ? demanda-t-il.
--Le neuf, répondit Angélique, le jeudi neuf.
--Eh bien ! dit M. Bergeret, ne pouvons-nous nommer  ce chien Jeudi, comme Robinson appela son nègre Vendredi, pour une raison semblable ?
--Comme il plaira à monsieur, dit Angélique ; mais ce n’est guère joli.
--Alors, dit M. Bergeret, trouvez vous-même un nom à votre créature ; Car enfin, c’est vous qui l’avez introduit ici, ce chien.
--Oh ! moi, dit la servante, je ne saurais trouver un nom. Je n’ai pas assez d’eprit. Quand je l’ai vu sur la paille, dans la cuisine, je l’ai appelé Riquet ; et il est venu jouer dans mes jupes.
--Vous l’avez appelé Riquet ! s’écria M. Bergeret. Que ne le disiez-vous ! Il est Riquet, il restera Riquet. »

QUELQUES LIENS VERS DES SITES QUI VOUS PARLERONT DE RIQUET


Que vous dire d’autre ?
Vous le montrer peut-être ?
EMPLACEMENT DE LA PHOTO QUE RIQUET M’A PROMISE

En attendant, voici un chien qui ne ressemble pas à Riquet