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lundi 27 février 2012

Roman d'une blogueuse : autre contribution au chapitre I

L. parle aussi d’une prof de Lettres qui lui avait collé un 3 pour une copie qui en valait au moins 12.
Cette prof, elle nous la décrit « un peu pimbêche, virant facilement à l’hystérique (sic) et se vengeant du désordre de sa classe au travers des notes » mais aussi visant particulièrement « toute jeune fille fraiche et jolie » qui aurait eu l’infortune d’être son élève
Sur quoi se base L pour affirmer que sa copie valait 12 ? Nous ne le saurons jamais vraiment. Elle parle de Untel qui l’avait jugée moyenne ? Qui était Untel ?  Quelle étaient ses compétences à juger de la valeur d 'une copie ? Mystère.

J’imagine bien la petite L. ruminant sa déception et son « Elle verra bien quand je serai éditée… »

Je m’voyais déjà en haut de l’affiche (air connu)


dimanche 24 juillet 2011

Journal de Zoé : des Bergeret et autres considérations

Dimanche 24 Juillet 2011

Vendredi, j’ai été peut-être excessive.  Je sortais d’une discussion avec Charlotte qui m’accusait de tyrannie—le mot n’a pas été prononcé mais je ne pense pas trahir le fond de sa pensée—dans l’élaboration de notre vie virtuelle.
Je m’explique.
Quand, d’un commun accord, nous avons ouvert nos blogs successifs, l’un de nous avait choisi le pseudo de Lucien Bergeret, un autre avait décidé d’être Charlotte puis, par la suite—pourquoi pas ?—Charlotte Bergeret, nous avions proposé à un ami de signer Pauline Bergeret, mais il a catégoriquement refusé sous prétexte d’éventuels troubles de la personnalité. Pour moi, je devins Zoé Bergeret et, par conséquence, la sœur de Lucien.
Beaucoup plus tard, j’ai tenté de construire une famille Bergeret plus ou moins vraisemblable ; Zoé et Lucien sont devenus jumeaux , abandonnant leur mère en couche ; j’ai trouvé commode de faire naitre Charlotte le même jour, presqu’au même endroit—et cela, je le jure, n’a rien à voir avec « l’ami des mauvais jours » du Bergeret de France--.
Et voilà que Charlotte qui, actuellement, écrit plus volontiers sur sa vie réelle que sur la vie de son personnage m’accuse de lui imposer des contraintes.

Je ne pense pas que tout cela soit bien grave.

J’ai trouvé sur eBay quelques exemplaires de l’almanach du Pèlerin, comme celui-ci, de 1936 :
J’ai commandé mais il n’y a que d’infimes chances pour que s’y trouve l’exemplaire que je recherche; dans celui de 1954 peut-être :

vendredi 24 juin 2011

Journal de Zoé : la réponse la plus simple sera la meilleure

Vendredi 24 Juin 2011

« Quel Gaby ? » me demandait mon lecteur attentif.

Le mien évidemment. Il se trouve, par un hasard pas si extraordinaire après tout, que Jeanne eut son Gaby et que moi, Zoé, j’eus le mien quelques années plus tard et qu’il n’y avait entre eux aucun lien, sauf peut-être--mais là je me laisse sans doute emporter par mon imagination—le lien que mon subconscient aurait pu construire en nourrissant l’inexplicable attraction qui me poussa vers mon Gabriel du souvenir perdu de l’autre.

mercredi 4 mai 2011

Journal de Zoé : Souvenirs!

Mercredi 4 Mai 2011

Nous avons attendu le  maçon—nous entreprenons des travaux—toute la matinée.
J’ai eu du temps, malgré cela, pour poursuivre la transcription de La Lettre :

Ma chère petite Zoé,
Je sais, ta tante Berthe que j’ai vue très régulièrement jusqu’à sa dernière maladie me l’a dit bien souvent, je sais que ton frère et toi m’avez complètement oubliée et que ton père a tout fait pour cela. D’après elle, il avait tellement souffert de mon départ, même si ce départ me fut en quelque sorte imposé, que tout ce qui pouvait évoquer mon souvenir lui étant insupportable, il interdit toute référence à mon existence. En bref, on ne parla plus de moi. Bien sur, j’aurais pu refuser de monter dans la voiture de Gabriel. Je pense que je l’aurais regretté ; je les aimais tous deux, mais je crois, comme je le croyais alors, que je n’étais indispensable qu’à Gaby. J’ai eu depuis bien des occasions de constater que c’est là l’illusion de bien des femmes, au moins celles de ma génération, et autant que j’ai pu en juger de bien des plus jeunes également, croire que leur bonheur pourrait tenir dans le bonheur qu’elles pourront donner aux autres, choisir, si elles pensent avoir le choix entre deux hommes, choisir celui qui leur parait le plus faible.
Sottise ! Sottise ! Sottise !

A midi, le maçon a appelé pour dire qu’il viendra « peut-être » dans l’après-midi.
Attendons.
En attendant, quelques lignes supplémentaires de la lettre :

Passons ! Je n’écris pas pour revenir sur mes déboires sentimentaux. Je suis montée dans cette voiture, j’ai choisi cette vie-là et PERSONNE ne m’a jamais rien imposé.
Ma vie n’a, par la suite, pas toujours été heureuse, mais il me reste le souvenir de ces quatre merveilleuses années passées avec votre père et vous. C’est ce souvenir heureux que je dois partager avec vous, que je ne peux plus partager avec personne d’autre.
Te souviens-tu de promenades dans la montagne, juste au-dessus de M… ? Vous couriez sur le sentier, ton frère et toi, jusqu’à épuisement, puis vous acheviez la montée sur les épaules de Paul et Gaby.
Te souviens-tu de nos pique-niques ?
As-tu oublié ce jour où tu as glissé dans un torrent ? Tu avais quatre ans. Tu peux avoir gardé ce souvenir-là.

mardi 3 mai 2011

Journal de Zoé : La deuxième lettre

Mardi 3 Mai 2011

La Lettre est arrivée au courrier de ce matin.
Toujours les mêmes pattes de mouche désordonnées.
J’ai eu le temps de transcrire le début.
J’utilise cette fois une police que je n’avais pas remarquée précédemmentet qui évoquera mieux la lettre manuscrite :  Lucida Handwriting.

Ma mère, je ne sais pas si tu t’en souviens, mais non, suis-je sotte, tu ne peux pas l’avoir rencontrée si je ne la voyais plus moi-même à cette époque-là, ma mère était une femme de l’ancien temps et, je ne dis pas une bourgeoise, mais issue de la bourgeoisie. Sa mère avait toujours eu plusieurs bonnes, la mienne avait un peu déchu et l’époque avait changé, il devenait difficile de « se faire servir » comme elle ne cessait de répéter n’importe quand et n’importe à qui. J’ai été élevée dans l’idée surannée qu’une « demoiselle bien élevée doit être capable de  tout faire dans son ménage, non parce qu’elle aura à le faire elle-même—à Dieu ne plaise !--, mais parce qu’elle aura sans doute à former ses bonnes et que pour en être respectée elle devra se montrer compétente ».
Ses bonnes, ma mère les choisissait parmi les jeunes personnes de M… que leurs parents souhaitaient « placer » en ville. Ces gamines, sous prétexte de « formation », assuraient notre service pour presque rien ; je ne trouve pas d’autre mot que « rien » pour les conditions dans lesquelles elles étaient « logées, nourries, blanchies ».
Et voilà que je parle de ma mère et que je ne sais même plus ce que je voulais t’écrire.
Si j’ai commencé cette lettre, c’était pour te parler de notre passé commun, te le faire connaitre, car il me semblait indispensable de savoir qui nous sommes vraiment. Et maintenant, je m’interroge sur la nécessité de tout cela. Cette grande fatigue que je m’impose te sera-t-elle vraiment utile ? Pourquoi remuer le passé ?
Ce 11 Avril 2011, je reprends ce courrier.
Voilà plus de deux semaines, je t’ai envoyé les premiers feuillets.
Les premières lignes de ce texte-ci étaient alors déjà rédigées.
Je les conserve et commence maintenant une deuxième lettre où j’essaierai de conter l’essentiel, c’est-à-dire la vie de Jeanne, Paul et Gabriel avec les jumeaux.
Ma chère petite Zoé,
………..

lundi 11 avril 2011

Journal de Zoé : Jeanne, Paul et Gaby (suite)

Lundi 11 Avril 2011

Ni marche, ni vélo aujourd’hui. Le temps n’est pas propice et cela est fort heureux ; mes cuisses ont besoin de repos.

J’ai donc repris la lettre de « ma tante ».
La tâche n’est pas aisée : écriture minuscule et désordonnée, ratures nombreuses, ponctuation pas toujours évidente (j’ai du refermer une parenthèse  ce matin), plusieurs mots illisibles (je ne suis même pas assurée d’avoir toujours transcrit le mot exact), logique défaillante ; dans ma transcription, j’essaie d’aérer un peu par des sauts à la ligne ; dans l’original, tout est serré, confus et, de surcroit, Jeanne utilise une méthode que je croyais disparue avec la génération de ma grand-mère : une page remplie, elle continue dans les marges sur la feuille tournée à 90 degrés.

Voici donc la « livraison » du jour :

Revenons à mes amours avec ton père et ton oncle, des amours dans le « style Jules et Jim » te disais-je à peu près. En réalité, ce n’était pas vraiment comparable au roman où, si je me souviens bien, Jules rencontre Kathe (devenue Catherine dans le film de Truffaut ; tiens ! n’est-il pas amusant que l’on se rappelle sans erreur les prénoms des garçons, évidemment à cause du titre, et jamais celui du personnage joué par Jeanne Moreau alors que je te défies de me donner les noms des acteurs masculins ; à ce propos, j’ai découvert récemment que Henri Serre qui joue Jim n’a tourné que peu de films sans intérêt d’ailleurs dont un OSS117 ; je ne sais pas s’il était Hubert machin… il avait le physique), Jules rencontre donc Kathe, la présente à Jim, tout cela peut cadrer mais Jim et Kathe ne deviennent amants que des années plus tard après une longue séparation du couple allemand Jules-Kathe et du français Jim.
Donc pour en revenir à mes amours avec Paul et Gaby, nous formâmes un ménage à trois, harmonieux, ma foi, jusqu’en Septembre 45.
Là, je devine que tu vas penser « Mais, en Juillet 44, cette gamine avait au plus 18 ans, d’après ce qu’elle me dit ; le village de M… est un petit village où une histoire de ce genre ne pouvait que faire scandale ; comment les parents ont-ils accepté cette situation ? »
C’est une question que je me pose encore. L’époque était bizarre, vois-tu ? Nous n’étions plus vraiment là. Me rechercher aurait signifié me livrer à la Gestapo. Peut-être même ont-ils eu peur de Paul ? Ils n’ont rien essayé, à ma connaissance.
Par la suite, au retour à la normale, ils ont refusé de me revoir. Et cela m’a été, m’est toujours, indifférent.

mercredi 6 avril 2011

Journal de Zoé : un amour de Paul

Mercredi 6 Avril 2011

Marche ce matin avec Charlotte.
Le dernier billet d’Assouline m’a donné envie de me procurer le dernier Eco.

J’ai réussi à transcrire quelques lignes supplémentaires de « ma tante » où le roman-feuilleton prend forme et qui nous conduira sous peu, je vous le promets, à un épisode « Jules et Jim »:

Ici, il me semble nécessaire de commencer mon récit à son commencement, c’est-à-dire en Décembre 43. Ton oncle Gabriel et moi étions alors à l’Ecole Normale, c’était notre première année. Nous nous « fréquentions » comme on disait alors. J’avais obtenu de mes parents l’autorisation—je n’avais pas dix-huit ans et, à cette époque et pour longtemps encore la majorité ne s’obtenait pas avant vingt et un ans--, j’avais donc l’autorisation, car ils avaient en moi toute confiance, de passer la soirée et la nuit de Noël—à ce moment-là, en pleine occupation, avec le couvre-feu, la soirée impliquait toute la nuit, bien évidemment-- dans la famille de ton oncle Gaby. C’est là que je rencontrai  Paul pour la première fois. Veuf, un peu mélancolique, genre « beau ténébreux » de cinéma, il ne pouvait manquer d’éveiller l’intérêt d’une adolescente romantique et, il faut le dire, un peu niaise.
Dès le premier regard, je ne vis plus que lui et je dois à la vérité de dire que ce fut réciproque ; c’était, à n’en pas douter, ce coup de foudre dont je croyais l’existence réservée au cinéma et à la littérature pour demoiselles pales comme l’a nommée quelqu’un dont le nom m’échappe pour l’instant. Je ne luttai pas, lui non plus, « je fus toute à lui » comme on peut le lire dans le genre de romans roses dont je te parlais à l’instant. Quand il me dit son appartenance au « parti » et à la Résistance, …..

lundi 4 avril 2011

Journal de Zoé : En attendant "tante Jeanne"

Lundi 4 Avril 2011

Lu ce matin chez Chevillard :

Il alla chercher la sagesse jusqu’en Orient et, lorsqu’enfin il parvint au détachement suprême qui lui fit mépriser la gloire, les honneurs et toute forme de reconnaissance, il dut reconnaître qu’il se moquait aussi de l’amour désormais, qu’il n’avait plus de goût pour le chocolat liégeois et que la vie en somme lui semblait une plaisanterie un peu longue et fastidieuse.

La suite de la lettre de « tante Jeanne » qui, d’après mes premiers déchiffrages, tente de nous vendre un croisement de Jules et Jim et de L’armée des ombres me demande beaucoup de temps : sa calligraphie ne rend pas la lecture facile mais surtout j’essaie de contrôler la vraisemblance historique de son récit ce qui me ralentit beaucoup. Au moins, tout cela m’aura permis d’acquérir  une petite culture sur la période 40-45.
Pour l’instant, je n’ai noté dans son récit que deux erreurs.
Croire que nous goberions le nouveau frère de notre père sans aller vérifier les papiers de famille et que nous ne trouverions pas le livret de famille qui établit que Pierre-Jules Bergeret et Simone née Thibault n’ont eu d’autre enfant que Paul, né en 1918 et Berthe née en 1922 était un peu naïf « tantine » !
Et prétendre que vous étiez entrés à l’Ecole Normale d’instituteur en 1943 alors qu’elle avait été supprimée par Pétain dès 1940 !

Cette suite viendra. Qu’on me laisse un peu de temps.


jeudi 31 mars 2011

Journal de Zoé : Tante Jeanne(suite)

Jeudi 31 Mars 2011

La lettre de « tante Jeanne » qui me découvre un frère de mon père et des péripéties un peu trop mélodramatiques, me met vraiment mal à l’aise. Je poursuis toutefois la transcription :

Ce jour-là, il faisait un temps magnifique, un vrai temps de printemps, un peu chaud, comme il arrive souvent en Mai ; je vous ai amenés au bord de la rivière où nous avons pique-niqué ; peut-être te rappelles-tu tout cela.
Ce que tu ne sais probablement pas c’est que Gabriel et Paul  devaient nous y rejoindre et ne sont jamais venus.
Que tout cela est loin ! Et cependant, je revois tout comme si nous le vivions encore : la belle journée, le retour, vous si joyeux, moi un peu inquiète de leur absence, l’arrivée chez Paul. Evidemment, tu ne peux pas te rappeler tout cela, Gabriel dans la voiture, prêt au départ, Paul qui sort de la maison dès qu’il entend vos rires, qui vous entraine, mon désarroi, Gabriel qui me fait signe de monter dans la voiture, ma courte hésitation, notre départ.
Je sais que, de tout cela, vous n’avez jamais entendu reparler, que Paul n’a plus jamais parlé de son frère, qu’il a interdit qu’on vous en parle ; tout cela, je le sais par votre tante Berthe.

mercredi 30 mars 2011

Journal de Zoé : je me mouche

Mercredi 30 Mars 2011

Un peu déprimée par la lettre de tante Jeanne, j’ai repris le rangement de la bibliothèque.
Résultat : j’éternue et je me mouche.
Au passage, j’ai fourni à Lucien une citation de Jules Renard pour « mémoire de lecteur » qui stagnait depuis le 28 Février. Mémoire de Lucien ou mémoire de Zoé ? Qui sait ?

J’ai aussi retrouvé un petit billet pour étoffer les « inédits de Charlotte » dans le mannequin.

Demain, je reprendrai la transcription des hiéroglyphes avunculaires.

dimanche 13 mars 2011

En attendant les Bergeret en villégiature

Lucien et Charlotte partis, (voir Premier Pas de Blogueur), nous voilà, le 8 Mai 2010, seuls à la maison,
A SUIVRE

vendredi 11 mars 2011

Journal de Zoé : GPVRA

Vendredi 11 Mars 2011

Je suis rentrée en début d’après-midi.
Voyage aller dans la dernière voiture.
Voyage retour dans la première voiture

GPVRA se porte le mieux du monde.

vendredi 4 mars 2011

Journal : Rien de bien nouveau

Vendredi 4 Mars 2011

Hier soir, Charlotte m’a appelée. « Tout va bien. Ne vous inquiétez pas ». Rien d’autre.

Je suis toujours à la recherche de deux photos pour l’article Le Chien. La seule photo de « Notre Riquet » dont je dispose ne me satisfait pas. Je ne trouve pas de photo ressemblant au Riquet décrit par Anatole France.

Pour les chats, il y aurait beaucoup à écrire, mais cela m’est difficile, peut-être pour une impression de « cliché littéraire ».

Bref, mon « Histoire des Blogs des Bergeret » est bloquée au 8 Mai 2010 depuis déjà longtemps et je n’aperçois pas le bout du tunnel.

jeudi 3 mars 2011

Journal de Zoé : Etat des lieux

Jeudi 3 Mars 2011

Bien évidemment, tout ce que j’écrirai pour ce journal me sera utile quand, dans mon « Histoire des  Bergeret », je serai arrivée à aujourd’hui.
Actuellement, je suis bloquée sur des histoires de chats et de chien.

Depuis un mois, Charlotte nous a abandonnés (version officielle).
Peut-être est-elle :
partie « faire le point »
avec un coquin
avec des copines
seule
en croisière
en soutien de sa mère malade
ou autre
restée à la maison
plongée dans les œuvres complètes de
Zola
Balzac
Morris
Hergé
Georges Duhamel
Botul
BHL
ou autres
pour préparer le passage de la collecte des « grands encombrants »
ou autre
ou autre

Lucien est repris ses activités, très « motivé », sur le contenu des blogs, la motivations des « blogueurs » sur « La révolte des anges » et sur je ne sais quelle recherche sur le mot « picaresque » dans son blog « Mémoire de lecteur »

Voilà.
L’état des lieux est complet.

mercredi 2 mars 2011

Ouverture de mon journal

Ici débute le Journal de Zoé Bergeret.

Je n’ai jamais écrit sur la première page lisse et blanche d’un cahier neuf amoureusement choisi :
« Petit cahier,  c’est à toi qu’aujourd’hui, jour de ma sortie de pension, je décide de confier mes impressions quotidiennes. L’honneur que je te réserve est grand. J’espère que tu l’apprécies. Puisses-tu demeurer toujours le plus discret de mes amis ! »*

Eh bien, aujourd’hui, trois mars deux mille onze, âgée de soixante-huit ans, j’écris :
Ici débute le Journal de Zoé Bergeret

Je reprendrai l’enfance imaginaire des petits Bergeret, je reprendrai aussi leur vie moins fictive mais tout aussi virtuelle de tenanciers de blogs, mais je m’efforcerai, chaque jour, d’écrire au moins une phrase pour dire …. Pour dire ce qui m’intéressera sur l’instant.

Ma motivation ?
On en reparlera.
Peut-être.

Que l’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas écrit ! La Zoé de ce journal sera tout aussi fictive et virtuelle que les autres.

* Début du journal de la cousine Marie dans Ces dames aux chapeaux verts de G. Acremant

mardi 1 mars 2011

Le Chien

Connaissez-vous Riquet ? (J’entends le chien d’Anatole France)
Si vous êtes surs de bien le connaitre, arrêtez ici votre lecture.

Voici le récit de la première rencontre de Riquet et son maitre, tel que vous pourriez le lire dans L’anneau d’améthyste :

« Un matin, comme M. Bergeret, assis devant sa table, près de la fenêtre sur laquelle tremblaient les feuilles du platane, recherchait comment les vaisseaux d’Enée avaient été changés en nymphes, il entendit gratter à la porte et vit tout aussitôt la vieille servante qui portait sur son ventre, comme une sarigue, un nourrisson dont la tête noire sortait du tablier troussé en manière de poche. Elle resta un moment immobile, avec un air d’inquiétude et d’espérance, puis elle posa le petit être sur le tapis aux pieds du maitre.
--Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda M. Bergeret.
C’était un petit chien de race incertaine, qui tenait du terrier, avec une jolie tête, bien coiffé, le poil ras, couleur feu très sombre, et un bout de queue de rien du tout. Il avait le corps encore mou des petits, et il allait, flairant sur le tapis.
--Angélique, dit M. Bergeret, portez cette bête à ses maitres.
--Monsieur, elle n’en a pas, répondit Angélique.
M. Bergeret regarda en silence le petit chien qui était venu sentir ses pantoufles et qui reniflait agréablement. M. Bergeret était philologue. C’est peut-être pourquoi il fit, dan ces conjonctures, cette vaine question :
--Comment s’appelle-t-il ?
--Monsieur, répondit Angélique, il n’a pas de nom.
M. Bergeret parut contrarié de cette réponse. Il regarda le chien d’un air de tristesse et de découragement.
Alors le chien posa ses deux pattes de devant sur la pantoufle de M. Bergeret et, la tenant ainsi embrassée, il en mordilla la pointe avec innocence. M. Bergeret, soudain attendri, prit sur ses genoux le petit être sans nom. Le chien le regarda. Et M. Bergeret fut ému par ce regard confiant.
--Le bel œil ! dit-il.
Il est vrai que ce chien avait de beaux yeux, des prunelles marron avec des lueurs dorées, dans une amande d’un blanc chaud. Et le regard de ces yeux exprimait des idées simples et mystérieuses, qu’on sentait communes aux animaux pensifs et aux êtres simples qui vivent sur la terre.
Mais fatigué, peut-être, de l’effort intellectuel qu’il venait de faire pour communiquer avec l’homme, il ferma ses beaux yeux et découvrit, dans un large bâillement, sa gueule rose, sa langue en volute et l’armée de ses dents éclatantes.
M. Bergeret lui mit la main dans la gueule. Le petit chien lui lécha la main. Et la vieille Angélique, rassurée, sourit. »

« Comment s’appelle-t-il ? » avait demandé M. Bergeret.
Un peu plus tard, après quelques échanges philosophiques qui endormirent le petit chien,

« M. Bergeret, revenant à l’idée qui l’avait d’abord occupé, dit à la servante :
--Il faut lui donner un nom.
Elle répondit en riant, les mains sur le ventre, que ce n’était pas difficile.
Sur quoi M. Bergeret fit intérieurement cette réflexion que tout est simple aux simples, mais que les esprits avisés qui considèrent les choses sous des aspects divers et multiples, invisibles au vulgaire, éprouvent une grande difficulté à se décider même dans les moindres affaires. Et il chercha un nom qui pût convenir à cette petite chose animée qui, dans le moment mordillait la frange du tapis.
--Tous les noms de chien, pensa-t-il, conservés dans les traités de nos vieux veneurs, comme du Fouilloux, et dans les vers de nos poètes agrestes, comme La Fontaine, Finaud, Miraut, Briffaut, Ravaud, désignent des chiens de chasse, la noblesse du chenil, la chevalerie de la canaille. Le chien d’Ulysse s’appelait Argos. Il était chasseur aussi. Homère nous l’apprend. « En sa jeunesse, il chassait les petits lièvres d’Ithaque. Mais il était vieux et ne chassait plus. » Il nous faut tout autre chose ici. Les noms que les vieilles demoiselles ont coutume de donner à leur toutou conviendraient mieux, s’ils n’étaient généralement prétentieux et laids. Azor est ridicule.
Ainsi songeait M. Bergeret et il rappelait dans son esprit beaucoup de noms de chiens sans en trouver un seul qui lui fût plaisant. Il pensa en inventer un, mais il n’avait pas d’imagination.
Enfin :
--En quel jour sommes-nous ? demanda-t-il.
--Le neuf, répondit Angélique, le jeudi neuf.
--Eh bien ! dit M. Bergeret, ne pouvons-nous nommer  ce chien Jeudi, comme Robinson appela son nègre Vendredi, pour une raison semblable ?
--Comme il plaira à monsieur, dit Angélique ; mais ce n’est guère joli.
--Alors, dit M. Bergeret, trouvez vous-même un nom à votre créature ; Car enfin, c’est vous qui l’avez introduit ici, ce chien.
--Oh ! moi, dit la servante, je ne saurais trouver un nom. Je n’ai pas assez d’eprit. Quand je l’ai vu sur la paille, dans la cuisine, je l’ai appelé Riquet ; et il est venu jouer dans mes jupes.
--Vous l’avez appelé Riquet ! s’écria M. Bergeret. Que ne le disiez-vous ! Il est Riquet, il restera Riquet. »

QUELQUES LIENS VERS DES SITES QUI VOUS PARLERONT DE RIQUET


Que vous dire d’autre ?
Vous le montrer peut-être ?
EMPLACEMENT DE LA PHOTO QUE RIQUET M’A PROMISE

En attendant, voici un chien qui ne ressemble pas à Riquet


lundi 13 décembre 2010

PREMIERS PAS DE BLOGUEURS

AVERTISSEMENT
SI VOUS ÊTES FAMILIER DU SITE DE LUCIEN BERGERET
INUTILE DE LIRE LE TEXTE CI-DESSOUS



Il y avait , au départ, trois personnages que nous serons parfois amenés, pour la clarté du discours, à désigner par X, Y ou Z.
Pour les définir un peu mieux,  précisons que X et Y naquirent le 5 Mai 1943 dans la délicieuse petite ville de ******. Z ne souhaitant pas faire connaitre son âge, nous ne donnerons pas la date  de sa naissance dans cette même ville.
Rien d’étonnant donc à ce que X, Y et Z soient inséparables depuis ce que nous pourrons appeler la nuit des temps.


Un soir de Février MMX, Y nous stupéfia en nous annonçant qu’il venait  d’ouvrir un blog.


                                   « C’est fait ! Je suis enfin un objet virtuel. »

-- Pourquoi un blog ?
-- Oui… « Pourquoi un blog ? » ...... J’ai ouvert ce blog par curiosité. J’espère mieux comprendre de l’intérieur…
Vous devriez trouver les raisons dans une série d’articles que j’ai plus ou moins en tête, si je parviens à les cerner moi-même…
-- ……………………………………..
-- J’ai là un projet de texte qui devrait paraitre sous le titre « Pourquoi un blog ? » :

      Pourquoi, malgré mon hostilité à Internet, ai-je finalement ouvert ce blog ?
Je pourrais donner plusieurs raisons, mais le mobile unique s’appelle curiosité.

Cela a commencé voilà un an avec la lecture de L’autofictif de Chevillard ; j’entends la lecture du livre issu de  son blog.  Le livre terminé, je suis allé lire la suite sur écran.
Ensuite… J’ai ouvert un lien vers La république des Livres que les habitués appellent le blog à passou … puis d’autres liens…

J’ai parfois été tenté d’entreprendre une étude sociologique de ce que nous appellerons « personnages virtuels », mais mon hostilité à Internet reste la même.


Et puis j’ai ouvert ce blog pour voir ce qu’il en adviendra.
Absence définitive de réactions ?
Insultes ?
Divine surprise ?

Cela répond-il à votre question ?
-- ………………………………….

-- Quel type de blog ? 
-- Enigmes littéraires
-- ………..
-- Je propose un extrait de texte dont on devra trouver l’origine.
-- (voix timide) Qui penses-tu intéresser ?
-- Personne.
-- ……
-- ………………………
-- Tu as pensé au copyright ?
-- Ce seront des extraits très courts, ce serait plutôt une publicité…..
    Je ne vois pas où serait le problème.
-- ……………..
-- ………………
-- Mais, si tu ne penses intéresser personne, pourquoi un blog public ?
-- J’ai  dit qu’il était public ?
-- (voix soulagée) Oh ! J’ai cru
-- Mais bien sût ! Il est public. Sinon, pourquoi des énigmes ?
-- (toute petite voix ) Oui ! Pourquoi ?



Y tarda à répondre ; il était évident qu’il n’en savait pas plus que nous.


«  Oui……… Pourquoi des énigmes ? …. Que vous dire ?..... Que vous dire !.....Pour répondre à votre question, ayant ouvert un blog, il fallait le justifier, lui donner un contenu… N’ayant aucune prétention à l’écriture, j’ai pensé assez naturellement à proposer des extraits littéraires… Les premiers qui me vinrent  à l’esprit, parce que je les lis avec un plaisir toujours renouvelé, peut-être parce qu’ils sont -- ou me semblent être – peu connus, déroutants pourrait-on dire, de valeur littéraire discutable -- ce qui ne signifie pas « indiscutablement sans valeur littéraire » --, oubliés souvent – rappelez-vous combien il m’a été difficile de me procurer le Lutrin de Boileau --   furent Le Lutrin précisément, le Roman Comique de Scarron – qui lit encore Scarron ? --, le Contre Sainte-Beuve de Proust, une nouvelle de Camus ; et parce que je les crois peu connus, il m’a paru intéressant de les donner à reconnaitre ; et alors, oui, cette question se posait et je me la suis posée :  «  A qui vais-je proposer ces énigmes s’il est bien clair que je ne souhaite aucun public ? »
Eh bien, pourquoi pas à vous ?
Et si vous faisiez office de public ?

-- ………………………………………..

-- Pourquoi ne pas envisager  un dialogue, mais un dialogue écrit entre nous ? »


…………………………………………………….


--Après tout, pourquoi ne pas essayer ?, dit X.
Pour ma part, je signerai en fonction des circonstances. Restant entre nous, cela ne posera aucun problème.
  Et toi et ton blog,  on vous appelle comment ?
-- la-revolte-des-anges.over-blog.com et Bergeret

-- Sous le signe d’Anatole France, alors ?, dis-je.
Eh bien d’accord ! Je signerai passante. C’est le pseudo que j’ai adopté les rares fois où je n’ai pas résisté à donner un avis ici ou là.

-- Je ne souhaite pas de public, je ne ferai aucun effort de publicité, mais j’ai laissé la porte ouverte….


……………………………………………………


-- Pourquoi la porte ouverte ?....


« Pourquoi la porte ouverte ?... Vous m’embarrassez un peu… »

Y, que nous appellerons désormais Bergeret, et même Lucien Bergeret, voire Lucien, Lucien donc, hésite à répondre, à son habitude.

«Dans le papier que je vous ai lu, j’évoquais la curiosité … Oui, j’ai envie de savoir s’il y aura réaction et, si oui, quelle en sera la nature.
Peut-être, rêvons un peu, pourrions-nous donner l’envie  de lire …
Et puis, le risque, pour infime qu’il soit, d’un jugement extérieur peut modifier notre comportement habituel ; peut-être parviendrons-nous à tenir un cap pour une fois… »

Rires dans l’assistance.

«--  Quel cap ? , demande X qui commence à s’amuser.
-- Je ne suis pas sûr de le savoir avec précision……….
Je pense ,en premier lieu, à une mise en fiche de mes lectures passées ; j’ai observé qu’il me devient de plus en plus difficile de retrouver l’ouvrage dans lequel figure tel passage dont tout à coup le souvenir me traverse l’esprit ; ma mémoire me fuit peu à peu ; chercher chaque jour un tel extrait, le copier, le proposer en énigme me permettrait l’exercice évident et immédiat, où le blog n’interviendrait que comme « obligation subjective »,  de recherche ; à plus long terme, je deviendrais un joueur comme un autre : il est probable que dans un an j’aurai les mêmes difficultés que n’importe qui à trouver l’origine des textes que j’aurai choisi.
-- Gymnastique de la mémoire donc ?
-- C’est bien cela…. Mais il y aurait aussi un travail de synthèse… J’ai beaucoup lu, pas mal retenu, mais j’éprouve de plus en plus le besoin d’ordonner tout cela… Pourquoi ?, me direz-vous…. Je répondrai peut-être plus tard… Tout cela est encore un peu vague.
-- ……………………..
-- En résumé, tu veux travailler ta mémoire, tout en acquérant une vue d’ensemble de la littérature, tout au moins de celle que tu connais bien, dans un but à découvrir peut-être un jour, et tu comptes sur la vague impression d’être surveillé par un « pion virtuel » pour vaincre ta paresse légendaire.

-- … Admirablement résumé, en effet.
         On s’y met ?


Nous nous y sommes mis
Ayant créé le blog La Révolte des  Anges, Bergeret se mit résolument au travail, favorisé par le temps médiocre et peu propice aux sorties que nous connaissions  alors, épaulé par X et Z qui, au début, jouèrent comme prévu le rôle de visiteurs extérieurs, X signant, selon le contexte, dinosaure, moins-de-quarante-ans, anonyme-confirmé, Z se bornant à passante, plus conforme à son personnage, puis, prises au jeu de la « comédie virtuelle » se mirent à écrire tel ou tel article.

Bergeret était devenu trois personnes distinctes ou, si vous préférez, trois personnes distinctes devenaient Bergeret.

Peu à peu, les fonctions se précisèrent : Z prit en charge la première mission du blog, la recherche de textes pour les énigmes (Tiens ! N’était-ce pas un exercice supposé entretenir la mémoire de Bergeret ?) ; ce fut elle aussi qui plus tard se chargea de donner les « solutions » sur la suggestion du visiteur Lili des collines (ici une parenthèse pour crier : "LILI REVIENS!" )–le fils de X qui accepta de jouer ce rôle quelques temps— , (Tiens ! J’ai complètement oublié les dernières énigmes qui ont certainement passé l’échéance !) ; X ouvrit une rubrique d’extraits littéraires pouvant être rapportés à la lecture ou à l’écriture, « a propos des livres » en fut l’intitulé. Il nous arriva de travailler de concert, le texte de X pouvant fournir un indice à l’énigme de Z.
Que faisait pendant ce temps Lucien qui avait complètement oublié ses fameuses énigmes ?
Lucien écrivait de fausses confidences qui auraient pu émaner du Bergeret d’Anatole France  et de confidences presque vraies sur les raisons qui l’avaient amené à ouvrir ce blog.

Et, cahin-caha, il en fut ainsi jusqu’à Mi-avril.

Le 11 Avril 2010, sous le titre Grand Canal, Bergeret écrivait :
Ce soir, nous partons à Venise, Madame Bergeret, le chat et moi.

Il prétextait l’espoir d’y rencontrer Clopine Trouillefou, personnage virtuel et fabuleux dont X fréquentait assidument le blog à cette époque. En réalité, ils partaient tous deux—X et Bergeret—vers leur maison de campagne.

Et Z—c’est-à-dire moi—se retrouva—ou me retrouvai—seule pour quelques jours, chargée de l’entretien de ce blog.

C’est alors que surgit Riquet.

Riquet, comme vous le savez peut-être, est le chien de Bergeret, le chien du Bergeret d’Anatole France—vous saurez tout sur eux en lisant Histoires contemporaines (L’orme du mail, Le mannequin d’osier, L’anneau d’améthyste, Monsieur Bergeret à Paris) et les courts récits Putois et Riquet--, il était donc normal qu’il vienne ici tenir sa place, à mes côtés, à l’instant où je décidais de devenir Zoé, sœur de Lucien Bergeret.

Nous avons alors écrit une dizaine d’articles jusqu’au retour de Lucien .

Le 21 Avril, Bergeret effectuait sa rentrée, annonçant la reprise en main de son blog, évoquant La Révolte des Anges pour décrire l’état dans lequel il avait trouvé sa bibliothèque.

Quelques explications pouvant paraitre ici nécessaires, ouvrons une parenthèse :

(La Révolte des Anges est un roman d’Anatole France dont les éléments déclencheurs sont Arcade, ange gardien d’un certain Maurice d’Esparvieu et l’Esparvienne, bibliothèque encyclopédique de la famille d’Esparvieu. Arcade, utilisant ses nombreux loisirs à la lecture, devient savant et athée et participera à la préparation de la nouvelle révolte des anges qui aurait dû réussir mais qui sera annulée à la dernière minute et à la fin du roman.
Au début du roman, le bibliothécaire s’étonne de certains désordres, de curieuses disparitions de livres. Cela explique l’allusion de Bergeret : comme Arcade poursuivant la connaissance dans les trésors de l’Esparvienne, Riquet, à la recherche des traces du chien dans la littérature, aurait déplacé, emprunté les précieux volumes de la Bergeretienne.
Fermons la parenthèse)

Serez-vous surpris si je vous dis qu’en réalité, la bibliothèque de Bergeret était, à son retour, dans son état habituel ?

Il annonçait dans le même billet la décision de  « Madame Bergeret » d’ouvrir son propre blog.

Et X ouvrit son blog le 22 Avril.
Et son blog fut le-mannequin-d-osier.over-blog.com.
Et X devint Charlotte Bergeret ou Charlotte-Eugénie Bergeret, selon l’humeur.

Pourquoi Bergeret ?
Bergeret n’est-il pas son mari ?
Rien à voir, m’assura-t-elle, avec la « Mme Bergeret » du Mannequin d’osier, celle dont Lucien divorça dans les années 1890 comme vous le savez peut-être. Si vous ne le savez pas, vous lirez avec profit Les Histoires Contemporaines d’Anatole France.

Pourquoi Charlotte ?
Il s’agit d’un souvenir de sa petite enfance, cette chanson que lui chantait sa grand-mère :

Il était une dame Tartine
Dans un beau palais de beurre frais
Les murailles étaient de praline
Le parquet de raisiné
La chambre à coucher
Etait d’échaudés
Le lit de biscuit
C’est fort bon la nuit.


On y vient :

Leur fille  la belle Charlotte
Avait un nez de massepain
D’admirables dents de compote
Des oreilles de ….       
De quoi les oreilles ?....
Pourquoi Charlotte-Eugénie ?
Pour l’euphonie ? Je ne sais. Elle ne sait.
Ici, nous dirons simplement Charlotte.

Charlotte donc ouvrit son blog le 22 Avril.

Je relève à cette date, deux articles :
Présentation
« Nous partîmes à Venise, d'où nous revînmes hier. Tout cela est parfaitement faux. Notre dernière visite au Grand Canal remonte à Juillet 1989 », nous dit-elle en substance.
Madame Bovary et moi
« Parmi les titres de ma bibliothèque que je ne me décide pas à ouvrir celui dont le cas est peut-être le plus curieux est Madame Bovary.
Je ne l'ouvre pas parce que je le connais, ou crois le connaitre, trop.
 Je pense l'avoir déjà lu. C'est fort probablement le cas, vers quinze ans sans doute, mais ce n'est pas sûr. Il est tout aussi possible qu'en ayant lu trop d'analyses, ce souvenir soit  imaginaire.
Il est également possible que je ne l'ouvre pas pour avoir entendu quelqu'un me dire quelque jour : « Ma chère Charlotte, vous êtes une Emma Bovary ». »

Au début,  Charlotte sembla suivre une ligne rigoureuse, elle nous parlait de ses lectures.

A son article, Madame Bovary et moi, qui inaugura la rubrique des Lectures impossibles, et dans lequel elle décrivait ses réticences à entamer la lecture de ce roman de Flaubert, succédèrent La Recherche du temps perdu pour la rubrique A relire et Sous les yeux d’Occident pour Lectures impossibles. Dans la page qualifiée de « pense-bête »  où elle commença alors à consigner ses projets d’articles, on lisait :

Les sujets sur lesquels j'écrirai peut-être un jour.
Rubrique Lectures impossibles
L'Idiot
Le Roman de la Rose
Rubrique Lectures en panne :
Crime et Châtiments
L'Enfer de Dante
Tacite
Guez de Balzac
L'Astrée
Le Roman de Renard
Le Tiers Livre
Rubrique Lectures récentes
Moby Dick
Les mémoires d'Outre-Tombe
Rubrique Lectures à refaire
Bouvart et Pecuchet
La princesse de Clèves
La Comédie Humaine
La Recherche du Temps Perdu (fait?)
Les mémoires d'Hadrien
Relectures depuis la nuit des temps
Les Alice
Les Histoires contemporaines (A.France)
La Révolte des Anges
Molière
Diderot
Autres
Rutebeuf
Scarron
Le lutrin
Le Decameron/ Les Contes de Canterburry/ L'Heptameron/ Les Fables de La Fontaine
Les Métamorphoses d'Ovide
Montaigne/Alain

Le programme était vaste.


Tandis que Charlotte se mettait bravement à l’ouvrage,  que faisait Bergeret ?

Bergeret parlait, dans la Révolte des Anges, du petit monde virtuel qu’il avait découvert au hasard de ses visites au blog La république des livres.

A cette époque-là, un certain Montaigneàcheval s’empoigna avec Clopine Trouillefou.
Lucien prit fortement le parti du premier—selon lui, dame Clopine s’était comportée comme une de ces dangereuses pestes que nous avons toutes connues dans nos jeunes années, mélange d’inconscience, de sottise et de vacherie—et il se lança dans la rédaction d’articles qui prenaient à parti Madame Trouillefou.
Charlotte et moi lui déconseillâmes de poursuivre ; malgré le minuscule public de Bergeret, et donc la très faible chance de nuire à quiconque, nous ne trouvions pas cela correct, même si Clopine nous avait donné elle-même les arguments de défense c’est-à-dire, en substance et en interprétation libre : « M’enfin j’ai dit cela chez moi, m’enfin je ne suis pas allée les insulter chez eux, m’enfin c’est lui qui vient m’embêter chez moi et ça c’est pas correct».

Nos remarques ou peut-être son penchant à la paresse mirent un terme à la rubrique Blogosphère.
Le dernier article publié dans cette rubrique, Mes personnages virtuels-V, n’attaque plus. On y trouve seulement des liens vers des articles repérés sur « la toile » sur ces « personnages virtuels » qui le fascinaient alors.

Le 28 Avril, je note un billet d’humeur à propos d’Anatole France.

Besoin de se faire pardonner ? Paresse ? Charlotte abandonna  ses « fiches de lecture » pour aider Bergeret à revenir à ses énigmes en publiant de prétendus indices : l’inventaire du contenu de leur bibliothèque—les noms d’auteur--, étagère par étagère ; elle copiait les fichiers Word que j’avais construits l’année précédente et fort peu mis à jour depuis ; les lacunes y étant nombreuses, les indices de Charlotte sont fragiles.
Elle publia encore, à cette époque, quelque chose sur Madame Bovary et une règle de jeu indigeste, une patience qu’elle appelle Les Calculs, qui n’intéressa jamais que « dinosaure », un pseudo parmi d’autres d’elle-même—mais je ne vous apprends rien--.
Elle était bien trop occupée par l’organisation de leur voyage à Paris pour s’intéresser vraiment à son blog.

C’est à cette époque, me semble-t-il, que Lucien décida de présenter en en-tête de son blog l’extrait de Montaigne qui décrivait exactement sa motivation de blogueur.

Dernièrement que je me retirai chez moi, délibéré autant que je pourrai, ne me mêler d'autre chose que de passer en repos et à part ce peu qui me reste de vie, il me semblait ne pouvoir faire plus grande faveur à mon esprit, que de le laisser en pleine oisiveté, s'entretenir soi-même, et s'arrêter et se rasseoir en soi : ce que j'espérais qu'il peut meshui faire plus aisément, devenu avec le temps plus pesant et plus mûr.

Il poursuivait en bas de page:



Le 7 mai, Charlotte et Lucien partirent pour Paris.

Je restai avec le chien et les chats.