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dimanche 13 novembre 2011

Sur BHL

Lu ce jour, ce commentaire d’un très intéressant billet d’Assouline:
1.                              Que penses-tu des « nouveaux philosophes » ?
Rien. Je crois que leur pensée est nulle. Je vois deux raisons possibles à cette nullité. D’abord ils procèdent par gros concepts, aussi gros que des dents creuses, LA loi, LE pouvoir, LE maître, LE monde, LA rébellion, LA foi, etc. Ils peuvent faire ainsi des mélanges grotesques, des dualismes sommaires, la loi et le rebelle, le pouvoir et l’ange. En même temps, plus le contenu de pensée est faible, plus le penseur prend d’importance, plus le sujet d’énonciation se donne de l’importance par rapport aux énoncés vides (« moi, en tant que lucide et courageux, je vous dis…, moi, en tant que soldat du Christ…, moi, de la génération perdue…, nous, en tant que nous avons fait mai 68…, en tant que nous ne nous laissons plus prendre aux semblants… ». Avec ces deux procédés, ils cassent le travail. Car ça fait déjà un certain temps que, dans toutes sortes de domaines, les gens travaillent pour éviter ces dangers-là. On essaie de former des concepts à articulation fine, ou très différenciée, pour échapper aux grosses notions dualistes. Et on essaie de dégager des fonctions créatrices qui ne passeraient plus par la fonction-auteur (en musique, en peinture, en audio-visuel, en cinéma, même en philosophie). Ce retour massif à un auteur ou à un sujet vide très vaniteux, et à des concepts sommaires stéréotypés, représente une force de réaction fâcheuse. C’est conforme à la réforme Haby : un sérieux allègement du « programme » de la philosophie.
- Dis-tu cela parce que B.-H. Lévy vous attaque violemment, Guattari et toi, dans son livre Barbarie à visage humain ?
Non, non, non. Il dit qu’il y a un lien profond entre L’Anti-Œdipe et « l’apologie du pourri sur fumier de décadence » (c’est comme cela qu’il parle), un lien profond entre L’Anti-Œdipe et les drogués. Au moins, ça fera rire les drogués. Il dit aussi que le Cerfi est raciste : là, c’est ignoble. Il y a longtemps que je souhaitais parler des nouveaux philosophes, mais je ne voyais pas comment. Ils auraient dit tout de suite : voyez comme il est jaloux de notre succès. Eux, c’est leur métier d’attaquer, de répondre, de répondre aux réponses. Moi, je ne peux le faire qu’une fois. Je ne répondrai pas une autre fois. Ce qui a changé la situation pour moi, c’est le livre d’Aubral et de Delcourt, Contre la nouvelle philosophie. Aubral et Delcourt essaient vraiment d’analyser cette pensée, et ils arrivent à des résultats très comiques. Ils ont fait un beau livre tonique, ils ont été les premiers à protester. Ils ont même affronté les nouveaux philosophes à la télé, dans l’émission « Apostrophes ». Alors, pour parler comme l’ennemi, un Dieu m’a dit qu’il fallait que je suive Aubral et Delcourt, que j’aie ce courage lucide et pessimiste.
- Si c’est une pensée nulle, comment expliquer qu’elle semble avoir tant de succès, qu’elle s’étende et reçoive des ralliements comme celui de Sollers ?
Il y a plusieurs problèmes très différents. D’abord, en France on a longtemps vécu sur un certain mode littéraire des « écoles ». Et c’est déjà terrible, une école : il y a toujours un pape, des manifestes, des déclarations du type « je suis l’avant-garde », (les excommunications, des tribunaux, des retournements politiques, etc. En principe général, on a d’autant plus raison qu’on a passé sa vie à se tromper, puisqu’on peut toujours dire « je suis passé par là ». C’est pourquoi les staliniens sont les seuls à pouvoir donner des leçons d’antistalinisme. Mais enfin, quelle que soit la misère des écoles, on ne peut pas dire que les nouveaux philosophes soient une école. Ils ont une nouveauté réelle, ils ont introduit en France le marketing littéraire ou philosophique, au lieu de faire une école. Le marketing a ses principes particuliers :
1. il faut qu’on parle d’un livre et qu’on en fasse parler, plus que le livre lui-même ne parle ou n’a à dire. A la limite, il faut que la multitude des articles de journaux, d’interviews, de colloques, d’émissions radio ou télé remplacent le livre, qui pourrait très bien` ne pas exister du tout. C’est pour cela que le travail auquel se donnent les nouveaux philosophes est moins au niveau des livres qu’ils font que des articles à obtenir, des journaux et émissions à occuper, des interviews à placer, d’un dossier à faire, d’un numéro de Playboy. Il y a là toute une activité qui, à cette échelle et à ce degré d’organisation, semblait exclue de la philosophie, ou exclure la philosophie.
2. Et puis, du point de vue d’un marketing, il faut que le même livre ou le même produit aient plusieurs versions, pour convenir à tout le monde une version pieuse, une athée, une heideggerienne, une gauchiste, une centriste, même une chiraquienne ou néo-fasciste, une « union de la gauche » nuancée, etc. D’où l’importance d’une distribution des rôles suivant les goûts. Il y a du Dr Mabuse dans Clavel, un Dr Mabuse évangélique, Jambet et Lardreau, c’est Spöri et Pesch, les deux aides à Mabuse (ils veulent « mettre la main au collet » de Nietzsche). Benoist, c’est le coursier, c’est Nestor. Lévy, c’est tantôt l’imprésario, tantôt la script-girl, tantôt le joyeux animateur, tantôt le dise-jockey. Jean Cau trouve tout ça rudement bien ; Fabre-Luce se fait disciple de Glucksmann ; on réédite Benda, pour les vertus du clerc. Quelle étrange constellation.
Sollers avait été le dernier en France à faire encore une école vieille manière, avec papisme, excommunications, tribunaux. Je suppose que, quand il a compris cette nouvelle entreprise, il s’est dit qu’ils avaient raison, qu’il fallait faire alliance, et que ce serait trop bête de manquer ça. Il arrive en retard, mais il a bien vu quelque chose. Car cette histoire de marketing dans le livre de philosophie, c’est réellement nouveau, c’est une idée, il « fallait » l’avoir. Que les nouveaux philosophes restaurent une fonction-auteur vide, et qu’ils procèdent avec des concepts creux, toute cette réaction n’empêche pas un profond modernisme, une analyse très adaptée du paysage et du marché. Du coup, je crois que certains d’entre nous peuvent même éprouver une curiosité bienveillante pour cette opération, d’un point de vue purement naturaliste ou entomologique. Moi, c’est différent, parce que mon point de vue est tératologique : c’est de l’horreur.
- Si c’est une question de marketing, comment expliques-tu qu’il ait fallu les attendre, et que ce soit maintenant que ça risque de réussir ? Pour plusieurs raisons, qui nous dépassent et les dépassent eux-mêmes. André Scala a analysé récemment un certain renversement dans les rapports journalistes-écrivains, presse-livre. Le journalisme, en liaison avec la radio et la télé, a pris de plus en plus vivement conscience de sa possibilité de créer l’événement (les fuites contrôlées, Watergate, les sondages ?). Et de même qu’il avait moins besoin de se référer à des événements extérieurs, puisqu’il en créait une large part, il avait moins besoin aussi de se rapporter à des analyses extérieures au journalisme, ou à des personnages du type « intellectuel », « écrivain » : le journalisme découvrait en lui-même une pensée autonome et suffisante. C’est pourquoi, à la limite, un livre vaut moins que l’article de journal qu’on fait sur lui ou l’interview à laquelle il donne lieu. Les intellectuels et les écrivains, même les artistes, sont donc conviés à devenir journalistes s’ils veulent se conformer aux normes. C’est un nouveau type de pensée, la pensée-interview, la pensée-entretien, la pensée-minute. On imagine un livre qui porterait sur un article de journal, et non plus l’inverse. Les rapports de force ont tout à fait changé, entre journalistes et intellectuels. Tout a commencé avec la télé, et les numéros de dressage que les interviewers ont fait subir aux intellectuels consentants. Le journal n’a plus besoin du livre. Je ne dis pas que ce retournement, cette domestication de l’intellectuel, cette journalisation, soit une catastrophe. C’est comme ça : au moment même où l’écriture et la pensée tendaient à abandonner la fonction-auteur, au moment où les créations ne passaient plus par la fonction-auteur, celle-ci se trouvait reprise par la radio et la télé, et par le journalisme. Les journalistes devenaient les nouveaux auteurs, et les écrivains qui souhaitaient encore être des auteurs devaient passer par les journalistes, ou devenir leurs propres journalistes. Une fonction tombée dans un certain discrédit retrouvait une modernité et un nouveau conformisme, en changeant de lieu et d’objet. C’est cela qui a rendu possible les entreprises de marketing intellectuel. Est-ce qu’il y a d’autres usages actuels d’une télé, d’une radio ou d’un journal ? Évidemment, mais ce n’est plus la question des nouveaux philosophes. Je voudrais en parler tout à l’heure.
Il y a une autre raison. Nous sommes depuis longtemps en période électorale. Or, les élections, ce n’est pas un point local ni un jour à telle date. C’est comme une grille qui affecte actuellement notre manière de comprendre et même de percevoir. On rabat tous les événements, tous les problèmes, sur cette grille déformante. Les conditions particulières des élections aujourd’hui font que le seuil habituel de connerie monte. C’est sur cette grille que les nouveaux philosophes se sont inscrits dès le début. Il importe peu que certains d’entre eux aient été immédiatement contre l’union de la gauche, tandis que d’autres auraient souhaité fournir un brain-trust de plus à Mitterrand. Une homogénéisation des deux tendances s’est produite, plutôt contre la gauche, mais surtout à partir d’un thème qui était présent déjà dans leurs premiers livres : la haine de 68. C’était à qui cracherait le mieux sur mai 68. C’est en fonction de cette haine qu’ils ont construit leur sujet d’énonciation : « Nous, en tant que nous avons fait mai 68 ( ?? ), nous pouvons vous dire que c’était bête, et que nous ne le ferons plus. » Une rancœur de 68, ils n’ont que ça à vendre. C’est en ce sens que, quelle que soit leur position par rapport aux élections, ils s’inscrivent parfaitement sur la grille électorale. A partir de là, tout y passe, marxisme, maoïsme, socialisme, etc., non pas parce que les luttes réelles auraient fait surgir de nouveaux ennemis, de nouveaux problèmes et de nouveaux moyens, mais parce que LA révolution doit être déclarée impossible, uniformément et de tout temps. C’est pourquoi tous les concepts qui commençaient à fonctionner d’une manière très différenciée (les pouvoirs, les résistances, les désirs, même la « plèbe ») sont à nouveau globalisés, réunis dans la fade unité du pouvoir, de la loi, de l’État, etc. C’est pourquoi aussi le Sujet pensant revient sur la scène, car la seule possibilité de la révolution, pour les nouveaux philosophes, c’est l’acte pur du penseur qui la pense impossible.
Ce qui me dégoûte est très simple : les nouveaux philosophes font une martyrologie, le Goulag et les victimes de l’histoire. Ils vivent de cadavres. Ils ont découvert la fonction-témoin, qui ne fait qu’un avec celle d’auteur ou de penseur (voyez le numéro de Playboy : c’est nous les témoins…). Mais il n’y aurait jamais eu de victimes si celles-ci avaient pensé comme eux, ou parlé comme eux. Il a fallu que les victimes pensent et vivent tout autrement pour donner matière à ceux qui pleurent en leur nom, et qui pensent en leur nom, et donnent des leçons en leur nom. Ceux qui risquent leur vie pensent généralement en termes de vie, et pas de mort, d’amertume et de vanité morbide. Les résistants sont plutôt de grands vivants. Jamais on n’a mis quelqu’un en prison pour son impuissance et son pessimisme, au contraire. Du point de vue des nouveaux philosophes, les victimes se sont fait avoir, parce qu’elles n’avaient pas encore compris ce que les nouveaux philosophes ont compris. Si je faisais partie d’une association, je porterais plainte contre les nouveaux philosophes, qui méprisent un peu trop les habitants du Goulag.
- Quand tu dénonces le marketing, est-ce que tu milites pour la conception vieux-livre, ou pour les écoles ancienne manière ?
Non, non, non. Il n’y a aucune nécessité d’un tel choix : ou bien marketing, ou bien vieille manière. Ce choix est faux. Tout ce qui se passe de vivant actuellement échappe à cette alternative. Voyez comme les musiciens travaillent, comme les gens travaillent dans les sciences, comme certains peintres essaient de travailler, comment des géographes organisent leur travail (cf. la revue Hérodote). Le premier trait, c’est les rencontres. Pas du tout les colloques ni les débats, mais, en travaillant dans un domaine, on rencontre des gens qui travaillent dans un tout autre domaine, comme si la solution venait toujours d’ailleurs. Il ne s’agit pas de comparaisons ou d’analogies intellectuelles, mais d’intersections effectives, de croisements de lignes. Par exemple (cet exemple est important, puisque les nouveaux philosophes parlent beaucoup d’histoire de la philosophie), André Robinet renouvelle aujourd’hui l’histoire de la philosophie, avec des ordinateurs ; il rencontre forcément Xenakis. Que des mathématiciens puissent faire évoluer ou modifier un problème d’une tout autre nature ne signifie pas que le problème reçoit une solution mathématique, mais qu’il comporte une séquence mathématique qui entre en conjugaison avec d’autres séquences. C’est effarant, la manière dont les nouveaux philosophes traitent « la » science. Rencontrer avec son propre travail le travail des musiciens, des peintres ou des savants est la seule combinaison actuelle qui ne se ramène ni aux vieilles écoles ni à un néo-marketing. Ce sont ces points singuliers qui constituent des foyers de création, des fonctions créatrices indépendantes de la fonction-auteur, détachées de la’ fonction-auteur. Et ça ne vaut pas seulement pour des croisements de domaines différents, c’est chaque domaine, chaque morceau de -domaine, si petit soit-il, qui est déjà fait de tels croisements. Les philosophes doivent venir de n’importe où : non pas au sens où la philosophie dépendrait d’une sagesse populaire un peu partout, mais au sens où chaque rencontre en produit, en même temps qu’elle définit un nouvel usage, une nouvelle position d’agencements – musiciens sauvages et radios pirates. Eh bien, chaque fois que les fonctions créatrices désertent ainsi la fonction-auteur, on voit celle-ci se réfugier dans un nouveau conformisme de « promotion ». C’est toute une série de batailles plus ou moins visibles : le cinéma, la radio, la télé sont la possibilité de fonctions créatrices qui ont destitué l’Auteur ; mais la fonction-auteur se reconstitue à l’abri des usages conformistes de ces médias. Les grandes sociétés de production se remettent à favoriser un « cinéma d’auteur » ; Jean-Luc Godard trouve alors le moyen de faire passer de la création dans la télé ; mais la puissante organisation de la télé a elle-même ses fonctions-auteur par lesquelles elle empêche la création. Quand la littérature, la musique, etc., conquièrent de nouveaux domaines de création, la fonction-auteur se reconstitue dans le journalisme, qui va étouffer ses propres fonctions créatrices et celles de la littérature. Nous retombons sur les nouveaux philosophes : ils ont reconstitué une pièce étouffante, asphyxiante, là où un peu d’air passait. C’est la négation de toute politique, et de toute expérimentation. Bref, ce que je leur reproche, c’est de faire un travail de cochon et que ce travail s’insère dans un nouveau type de rapport presse-livre parfaitement réactionnaire : nouveau, oui, mais conformiste au plus haut point. Ce ne sont pas les nouveaux philosophes qui importent. Même s’ils s’évanouissent demain, leur entreprise de marketing sera recommencée. Elle représente en effet la soumission de toute pensée aux médias ; du même coup, elle donne à ces médias le minimum de caution et de tranquillité intellectuelles pour étouffer les tentatives de création qui les feraient bouger eux-mêmes. Autant de débats crétins à la télé, autant de petits films narcissiques d’auteur, d’autant moins de création possible dans la télé et ailleurs. Je voudrais proposer une charte des intellectuels, dans leur situation actuelle par rapport aux médias, compte tenu des nouveaux rapports de force : refuser, faire valoir des exigences, devenir producteurs, au lieu d’être des auteurs qui n’ont plus que l’insolence des domestiques ou les éclats d’un clown de service. Beckett, Godard ont su s’en tirer, et créer de deux manières très différentes : il y a beaucoup de possibilités, dans le cinéma, l’audio-visuel, la musique, les sciences, les livres… Mais les nouveaux philosophes, c’est vraiment l’infection qui s’efforce d’empêcher tout ça. Rien de vivant ne passe par eux, mais ils auront accompli leur fonction s’ils tiennent assez la scène pour mortifier quelque chose.
Ce texte de Gilles Deleuze a été publié comme Supplément au n°24, mai 1977, de la revue bimestrielle Minuit, et distribué gratuitement.
Rédigé par : de nota | le 13 novembre 2011 à 10:51

jeudi 14 juillet 2011

Journal de Zoé : Fête Nationale

Jeudi 14 Juillet 2011

En ce jour de Fête Nationale :

J’ai reçu un message d’Abebooks—dont je suis une assez fidèle cliente—qui m’oriente vers une sélection d’intéressants bouquins.

J’ai écouté la chanson de Boris Vian la mieux adaptée à l’occasion.

J’ai pieusement recueilli cette perle de Claire Chazal, relevée par Eric Chevillard

« Il faudrait ne pas vieillir, ne pas voir les enfants devenir adultes et nous échapper, ne pas sentir chaque matin de petites douleurs insidieuses. C’est ce que nous dit Samuel Beckett dans la plupart de ses pièces, notamment dans Fin de partie, donnée en ce moment au Théâtre de la Madeleine »

lundi 13 juin 2011

Journal de Zoé : nouveau blog Bergeret

Lundi 13 Juin 2011

Aujourd’hui, sur proposition de Charlotte, proposition votée à l’unanimité, nous avons ouvert, sur le compte canalblog de Lucien Bergeret  un nouveau blog que nous animerons à tour de rôle.

vendredi 10 juin 2011

Journal de Zoé : Les Caves du Vatican et autres Nouvelles du jour

Vendredi 10 Juin 2011

Je trouve sur le site Mediapart un article fort intéressant sur le manuscrit de l’Ethique de Spinoza qui aurait été retrouvé dans les archives du Vatican. On y lit, entre autres :
« Le parcours de ce manuscrit de L’Ethique jusqu’aux archives vaticanes pourrait, lui aussi, constituer la trame d’un roman à succès, sur fond de controverse savante et théologique.
«Il me faudrait deux jours pour vous l’expliquer en détail», déplore Pina Totaro. Le manuscrit découvert dans les archives du Vatican n’est pas de la main même de Spinoza, mais d’un de ses proches, qui l’avait copié pour le discuter avec d’autres savants européens, dont sans doute Leibniz. Il a très certainement voyagé depuis les Pays-Bas jusqu’en Italie dans les valises de Tschirnhaus, un mathématicien allemand, qui l'a, ensuite, remis à Niels Stensen, ou Sténon, un savant célèbre notamment pour son Discours sur l’anatomie du cerveau, dans lequel il réfute les théories de Descartes en la matière.
Cet ancien ami de Spinoza s’est converti au catholicisme en arrivant en Italie. «Sténon s’installe à Rome, précise Pina Totaro, dans un contexte où l’Eglise catholique mène une politique offensive de conversion, dont il devient un personnage central, puisqu’il est chargé d’approcher tous les savants du nord de l’Europe, pour la plupart protestants, qui voyagent en Italie…»
C’est alors, vers 1677, que Sténon a dû remettre le manuscrit de L’Ethique à l’Inquisition, puisque, dans le même temps, il écrit une dénonciation, également conservée dans les archives vaticanes, des thèses de son ancien ami. «C’est cette dénonciation, dans laquelle il évoque un texte très dangereux et hérétique, qui m’a convaincue qu’un manuscrit de L’Ethique devait se trouver quelque part à Rome», poursuit Pina Totaro »

Par ailleurs, je trouve, sur un site du Midi Libre, cette information passionnante : une mère de famille anglaise aurait offert à sa fillette de sept ans une opération des seins ; information prise, la petite attendra ses seize ans pour bénéficier du cadeau ; elle serait « trop pressée d’avoir une grosse poitrine comme maman, c’est trop beau »

vendredi 27 mai 2011

Journal de Zoé : De plusieurs événements

Vendredi 27 Mai 2011

Si je n’ai encore rien dit de l’Affaire DSK, c’est parce qu’il me parait prématuré d’avoir une opinion. Disons quand même que le système judiciaire américain me semble aberrant, que je ne partage pas la colère « féministe » qui s’est exprimée depuis quelques jours, que je n’ai aucune sympathie politique pour DSK mais que je souhaiterais un peu plus de sérénité.
Le futur accouchement de Mme Sarkozy  dont j’avais dès 2008 prévu la date ave une bonne précision—mais cela nécessitait-il des dons exceptionnels ?—m’amuse beaucoup. J’ai parié avec Lucien que l’événement serait télévisé. Il prétend que c’est inenvisageable. Charlotte ne se prononce pas.

J’ai reçu ce matin une nouvelle lettre que j’ai pris le temps de transcrire intégralement :

Ma chère Zoé,
Ce 14 Mai, je reprends cette correspondance. Voici  précisément deux semaines que ma précédente lettre t’a été expédiée. Je crois me rappeler m’être embarquée dans d’assez longues et peut-être même confuses digressions pour justifier mes souvenirs parfois discutables ; j’ai dû évoquer quelques exemples de souvenirs construits et probablement aussi d’autosuggestion. Il s’agissait de préciser la « fraternité » de mes deux « amis » et de justifier mon erreur sur l’Ecole Normale. J’ai, depuis le départ de ma lettre, pensé qu’un autre détail a pu te paraitre suspect : l’engagement de ton père dans la Résistance, chose dont tu n’as jamais entendu parler—et pour cause-- et qui effectivement, à la réflexion, parait bizarre.
La fatigue m’avait arrêtée. Aujourd’hui, 19 Mai, je peux reprendre ma rédaction.  J’en étais donc à ce que je t’avais précédemment écrit de notre passé de « résistants ». Là encore, j’ai légèrement modifié la réalité, mais, là encore, il n’entre aucune malice, aucun calcul : la vision que nous pouvions avoir de nos actions dans ces sombres années est, si tu y réfléchis, bien différente de celle que vous pouvez en avoir, des années plus tard, vous qui n’avez pas, ou si peu, connu cette époque ; à l’habituelle cause de la différence de « point de vue » entre générations, le passage du temps, vient s’ajouter le changement radical  que nous connaissions alors, ce recul sans précédent de civilisation, ce retour brutal aux temps barbares ; c’était la fin du monde dans lequel nous avions grandi, c’était le retour de la Loi du plus fort et, dans ce contexte-là, un acte banal de la vie quotidienne des années précédentes, des années dont on ne savait même plus si elles avaient été « normales », devenait indiscipline, devenait acte de résistance.
Encore arrêtée par l’arthrite et aussi par la fatigue due à l’agitation provoquée par le retour des souvenirs, je peux reprendre ce 23 Mai.
Je voulais te parler de ma vie avec Paul et ses enfants et me voilà aux prises avec un passé que je croyais pour toujours disparu, avec un Temps que je ne souhaitais pas vraiment retrouver. Je t’expliquais—et peut-être l’expliquais-je à moi-même-- que notre vision de la réalité étant faussée par ce que nous vivions, il est bien possible que nos souvenirs l’aient été de la même façon.
Oui. Nous vivions dans un monde irréel dont la sortie a été pour la plupart d’entre nous un immense soulagement et de ce monde, de cette vie, nous n’avons après tout gardé que le souvenir que l’on peut conserver d’un cauchemar. Et puis ne négligeons pas non plus l’influence de l’image donnée après coup de l’époque, des décennies de « pieux mensonges » où l’on a voulu occulter ce qui dicta d’évidence notre comportement réel, survivre, ne pas se faire remarquer, rien de bien glorieux sans doute, et, au sortir de tout cela, comment petit à petit ne pas se persuader que nous avions bien été ces héros…..
Oh ! Des héros, il y en a eu. La plupart en sont morts. Mais ton père et nous, ….
Nous avons quand même un peu aidé, un tout petit peu. Je te raconterai cela plus tard. Je dois m’arrêter maintenant.
Mercredi 25 Mai 2011
Le facteur vient de m’apporter ta lettre.
« J’ai beaucoup réfléchi, « tantine », et me suis finalement résolue à venir vous voir. Il m’est impossible de préciser la date, mais ce sera aux alentours du 15 Juin» me dis-tu. C’est donc de vive voix que je te poursuivrai mon récit.
A bientôt, ma petite Zoé.
Tante Jeanne

jeudi 5 mai 2011

Journal de Zoé : Rudes Journées

Jeudi 5 Mai 2011

Aujourd’hui, non seulement Zoé et Lucien Bergeret mais aussi, par une coïncidence troublante, Charlotte fêtent leur soixante-huitième anniversaire.
Le maçon est enfin venu ce matin. Il a dressé un échafaudage le long de la façade Sud de la maison de Charlotte et Lucien. Il doit revenir Lundi avec son équipe pour les premiers travaux de ravalement. Si j’ai bien compris, ils commenceront par la restauration des encadrements de fenêtre.

Suite de la lettre de « tante Jeanne » qui répond partiellement à nos interrogations :

Te souviens-tu de nos pique-niques ?
As-tu oublié ce jour où tu as glissé dans un torrent ? Tu avais quatre ans. Tu peux avoir gardé ce souvenir-là. Si un souvenir de cette époque t’est resté, ce ne peut être que celui-là. L’incident, en réalité, n’a pas été si grave, ni le danger si redoutable, mais nous avons cru un instant te voir emportée et nos cris vous ont tant effrayés, Lucien et toi, qu’il nous a fallu près d’une heure pour parvenir à vous rassurer. L’angoisse éprouvée ce jour-là devrait, me semble-t-il, avoir laissé quelque trace chez de si jeunes enfants.
Si je te raconte cela, c’est évidemment dans l’espoir de te donner une preuve de la réalité de notre lien ancien.
J’ai pu être incohérente dans ma première lettre ; je crois, par exemple, avoir utilisé le mot « frères » pour parler des liens entre Paul et Gaby ; s’ils ne l’étaient pas pour les services d’identité, ils ont, jusqu’à leur rupture, défini ainsi leur attachement ; il y a là toute une histoire, leur rencontre, la protection apporté par Paul au petit Gaby(n’oublions pas les sept ans d’écart), que je te conterai peut-être un jour, de vive voix, si tu décides de venir me voir. Tu as pu me prendre pour un imposteur ou une mythomane.
Tu nous appelais réellement « tonton et tantine » en ce temps-là et qu’importe que les liens  du sang n’aient jamais existé.

Je relève dans l’article du jour de Chevillard cette bonne illustration des informations « en boucle » du moment :
Mauvaises idées… la barbe postiche… le Pakistan… aurait dit Xavier Dupont de Ligonnès dans un râle ultime.

Je n’aurai probablement plus de temps aujourd’hui pour les travaux de déchiffrage-transcription. J’attends la livraison d’un petit meuble. Livraison promise pour l’après-midi du Jeudi 5 Mai.
Attendons !

dimanche 20 mars 2011

Journal de Zoé : Nouvelles des fronts

Dimanche 20 Mars 2011

Extraits de l’édition de 13h de Médiapart :

LIBYE (1). Une coalition de cinq armées occidentales a commencé samedi à bombarder en Libye pour tenter de contraindre les forces de Mouammar Kadhafi à cesser le feu et à mettre fin aux attaques contre des civils. La télévision d'État libyenne a fait état de 48 morts et 150 blessés dans ces raids aériens et ces tirs de missiles lancés de plusieurs navires et sous-marins en Méditerranée, sans qu'il soit possible de vérifier l'information. La France, la Grande-Bretagne, les États-Unis, l'Italie et le Canada participent à cette opération baptisée «Aube de l'odyssée», la plus grosse intervention militaire dans le monde arabe depuis l'invasion de l'Irak en 2003. Le Qatar a promis de s'impliquer et plusieurs autres pays européens et arabes sont également prêts à participer à cette action. Son objectif est, en application de la résolution 1973 adoptée jeudi dernier par le Conseil de sécurité de l'ONU, d'instaurer une zone d'exclusion aérienne et d'imposer un cessez-le-feu. Des explosions et des tirs de défense antiaérienne nourris ont retenti dimanche aux premières heures à Tripoli. (Reuters et Mediapart)

LIBYE (2). Dans une allocution télévisée peu après les premiers bombardements, Mouammar Kadhafi a déclaré que la Méditerranée et l'Afrique du Nord étaient désormais un «champ de bataille», et que des cibles maritimes et aériennes, militaires ou civiles, étaient désormais exposées à un réel danger dans la région. «Il est désormais nécessaire d'ouvrir les dépôts et d'armer toutes les masses, avec tout type d'armes, pour défendre l'indépendance, l'unité et l'honneur de la Libye», a-t-il ajouté. Parallèlement, la télévision d'État a déclaré que la Libye mettait fin à tous ses efforts pour bloquer les immigrants «clandestins» en route vers l'Europe. Par ailleurs, des milliers de Libyens ont pénétré dans le camp militaire de Mouammar Kadhafi à Tripoli, formant un bouclier humain. (Reuters)

FUKUSHIMA. Le gouvernement japonais a annoncé dimanche que la centrale de Fukushima-Daichi ne devrait plus être exploitée à l'avenir. «En considérant avec objectivité la situation de la centrale, je pense qu'il semble évident que la centrale de Fukushima Daiichi (numéro 1) n'est pas en état de fonctionner de nouveau», a déclaré Yukio Edano lors d'une conférence de presse. Il a toutefois précisé que la décision ne relevait pas seulement de l'autorité de l'État, la centrale étant gérée par Tokyo Electric Power (Tepco), l'une des principales sociétés d'électricité privées du Japon. *Les ingénieurs de la centrale ont, par ailleurs, rétabli dimanche l'électricité dans le réacteur numéro 2 endommagé lors du séisme. (Le Figaro.fr et Médiapart)

* Souligné par Zoé Bergeret

Et cet article, signé Thomas Cantaloube, de Médiapart également :

« Alors que les opérations aériennes sous mandat de l'ONU ont démarré au-dessus de la Libye dès samedi après-midi, leur objectif militaire demeure relativement incertain. En effet, sitôt après le passage de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l'ONU, dans la nuit de jeudi à vendredi, le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi s'est empressé d'envoyer ses forces attaquer et pilonner plusieurs villes encore aux mains des rebelles (Benghazi, Misrata et Zentan), en dépit d'un cessez-le-feu qu'il n'avait proclamé que pour la forme. Cette offensive express a permis aux troupes loyalistes d'arriver jusqu'à la périphérie de la « capitale insurgée » Benghazi, pendant que ses citoyens étaient bombardés par de l'artillerie lourde. Au final, il semble que l'armée de Kadhafi n'est pas parvenue à prendre le contrôle de la ville, mais cette attaque montre à la fois la détermination du « chien fou du désert » à reprendre le contrôle de son pays au plus vite – c'est-à-dire avant que l'aviation des alliés occidentaux et arabes ne donne sa pleine mesure, dans les jours qui viennent – et la manière dont il entend abattre ses dernières cartes pour tenter de se jouer de la résolution onusienne.
Tout le monde, à commencer par ses promoteurs, s'accorde pour dire que la zone d'exclusion aérienne arrive trop tard, et c'est pour cette raison que la plupart des pays occidentaux ont bien souligné que la résolution 1973 autorisait « toutes les mesures nécessaires » pour protéger les populations civiles. Ce qui, en langage clair, ouvre la voie à des bombardements ciblés sur des cibles autres que les avions de Kadhafi ou ses batteries anti-aériennes. C'est aussi le sens du message délivré par Nicolas Sarkozy à l'issue de la réunion de samedi après-midi à Paris, en présence des représentants de tous les pays désireux d'appliquer la décision de l'ONU. Le président français a assuré : « Dès hier, la France, le Royaume Uni, les Etats-Unis et les pays arabes ont adressé au colonel Kadhafi et aux forces qu'il emploie l'avertissement suivant: en l'absence d'un cessez-le-feu immédiat et d'un retrait des forces qui ont attaqué les populations civiles au cours des dernières semaines nos pays auront recours à des moyens militaires. » Cette formulation semble clairement appeler le « guide » libyen à retirer ses troupes des villes est des zones reconquises depuis dix jours. Mais il est difficile de voir comment il pourra y être contraint par des opérations uniquement aériennes.
En assurant – à la fois dans le texte de la résolution et dans les discours des uns et des autres, en particulier celui de Barack Obama – que la coalition arabo-occidentale n'enverrait aucune troupe au sol, la « libération » des villes et des territoires ne pourra qu'être le fait des rebelles. Or, ces derniers apparaissent pour l'heure en repli et mal en point. On se met donc à reparler de plus en plus d'armements qui pourraient être envoyés à Benghazi, et même de conseillers militaires arabes. Ce serait la seule manière militaire – longue et laborieuse – pour véritablement rétablir l'équilibre des forces entre la rébellion et Kadhafi.
L'autre solution, qui est celle sur laquelle les alliés semblent compter plus que tout, demeure « d'effrayer » le régime de Kadhafi et de provoquer son écroulement. Miner le moral de son armée – en particulier les mercenaires – en l'empêchant de décoller et en détruisant certains de ses armements au sol – comme semblent l'avoir fait des avions français dans la périphérie de Benghazi samedi en début de soirée. Et, par effet de ricochet, provoquer de nouvelles défections au cœur du pouvoir qui, à leur tour, pourraient inciter de nouveaux soulèvements urbains, comme aux premières heures de l'insurrection à la mi-février. C'est le pari des Occidentaux : que Kadhafi ou son entourage flanchent, comme ils l'avaient déjà fait en 2003, lorsque les Américains avaient envahi l'Irak et que le leader libyen avait voulu éviter d'être le prochain sur la liste noire des Etats-Unis. »

Journal de Zoé : Frappes aériennes en Lybie

Dimanche 20 Mars 2011

Premières « frappes » en Lybie, hier soir.

vendredi 18 mars 2011

Journal de Zoé : Les dernières infos

Vendredi 18 Mars 2011


Lecture de Médiapart. Un peu de copié-collé.

« A maintes reprises, les syndicats et les salariés* ont essayé dans le passé d'attirer l'attention sur ce qui se passait dans les centrales. Ils ont tenté d'expliquer les conséquences de la libéralisation du marché de l'énergie, de la privatisation, de la casse du service public. Et ce que cela signifiait dans la gestion du nucléaire: la course à la productivité, le sous-investissement chronique, les manques d'équipement, la perte de compétences, les pressions croissantes, le recours accéléré aux sous-traitants, aux sous-traitants des sous-traitants, les conditions sans cesse dégradées des précaires du nucléaire. »
* On nous parle des salariés d’EDF

« Le Conseil de sécurité de l'Onu doit prendre cette décision** ce soir. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le Liban et la France soutiennent une zone d'exclusion aérienne en Libye avec deux autres pays arabes. Les Etats-Unis et la France voudraient même aller plus loin et encouragent l'adoption d'une résolution autorisant des frappes aériennes ciblées. »
** intervention militaire

jeudi 17 mars 2011

Journal de Zoé : Nous vivons une époque moderne

Jeudi 17 Mars 2011

J’entends dire que l’on observe le début d’une panique chez les habitants des Etats-Unis et les Européens qui dévaliseraient les stocks de pilules d’iode.
Mais où sont les bornes de la sottise ?
Où ?
Ah ! Me le direz-vous ?

mardi 15 mars 2011

Journal de Zoé : Lybie

Mardi 15 Mars 2011

Je recopie ci-dessous un article de Médiapart que je ne veux pas perdre.

Face à la situation libyenne, la communauté internationale offre de nouveau le spectacle de ses tergiversations. La France et la Grande-Bretagne sont allées le plus loin dans le soutien aux opposants à Mouammar Kadhafi et la promotion d'une zone d'exclusion aérienne, mais le tandem Nicolas Sarkozy-David Cameron a échoué à convaincre ses partenaires européens, en particulier la chancelière allemande Angela Merkel, qui n'a apparemment aucune envie de s'engager aux côtés des rebelles de Benghazi. La Russie et la Chine demeurent insondables, même si la première a annoncé lundi matin que Kadhafi et sa clique n'étaient plus les bienvenus sur son territoire. Restent les Etats-Unis, vers qui tous les regards sont tournés.


Une fois de plus, Washington détient la clef de la réaction occidentale. À la fois du point de vue militaire – vieille évidence – mais aussi sur le plan diplomatique. William Hague, patron du Foreign Office britannique, et Alain Juppé, son homologue du Quai d'Orsay, ont beau assurer qu'ils entendent tout faire pour appuyer le Conseil national de la transition (CNT) basé à Benghazi, c'est Hillary Clinton qui détient la carte maîtresse. Arrivée à Paris lundi pour s'entretenir à la fois avec des représentants du CNT, avec Nicolas Sarkozy, puis avec les ministres des affaires étrangères du G8, la secrétaire d'État de Barack Obama est celle dont tout le monde attend la parole comme celle de l'oracle. Il y a quelques jours, le grand manitou des services de renseignements de l'Oncle Sam, James Clapper, déclarait : « Sur le long terme, le régime libyen (de Kadhafi) reprendra la main. » Un commentaire qui a été immédiatement dénoncé par la Maison Blanche, qui ne veut pas donner l'impression de parier sur la défaite des insurgés, mais qui reflète néanmoins l'avis de beaucoup dans les milieux diplomatico-militaires américains.
Pourtant, aujourd'hui, dans le New York Times, une récente adjointe et une proche d'Hillary Clinton au Département d'Etat, revenue à la vie civile, s'est fendue d'une chronique intitulée « Tergiverser pendant que la Libye brûle ». Elle appelle, sans tarder, à un engagement américain en faveur d'une zone d'exclusion aérienne et une reconnaissance du CNT, et balaie tous les arguments en défaveur d'une intervention occidentale.
Après avoir cru à un renversement rapide du dictateur libyen, dans la foulée de ceux de ses voisins Ben Ali et Moubarak, les Occidentaux se retrouvent face à une situation de reconquête du pays par Kadhafi, son armée et ses mercenaires. Et ils sont désormais sommés de réagir.

  • Kadhafi peut-il reconquérir son pays ?
Commençons par un lieu commun : la situation évolue très vite en Libye. Il y a deux semaines, le « chien fou du désert » était contesté jusque dans sa capitale, et sa survie semblait une question de jours. Il y a une semaine, le temps des manifestations (réprimées) cédait la place à celui de la guerre, et les rebelles de Benghazi remportaient facilement quelques villes clés. Aujourd'hui, les forces de Kadhafi ont récupéré ces cités (Zaouïa, Ras Lanouf) ou sont près de renverser la tendance dans d'autres (Zouara, Ajdabiya). Benghazi qui, il y a encore peu, s'imaginait en capitale-bis, siège d'une pouvoir révolutionnaire, court le risque de devenir une ville assiégée.
Dans le même temps, le terrain regagné par les forces « loyalistes » concerne des villes isolées, rapidement conquises et mal défendues par des volontaires armés sans expérience ni stratégie. Reprendre Benghazi, où les rebelles ont choisi de maintenir le gros de leurs forces et de leurs équipements, ne sera pas une partie de campagne. L'avancée dans le désert, à coups de raids aériens et de pilonnage d'artillerie, pourrait alors se transformer en guérilla urbaine. Le gouvernement de Tripoli a beau avoir annoncé lundi à la télévision nationale que si les insurgés déposent leurs armes, ils seront « graciés », personne ne croit vraiment à une telle mansuétude, et l'on peut penser qu'ils se battront à mort.

Kadhafi a beau vouloir récupérer l'intégralité de son pays, on voit mal comment il peut espérer le gouverner à nouveau comme avant. Avec un embargo international, des voisins moins bien disposés à son égard (Tunisie et Egypte), la Ligue arabe qui a pris position contre lui, et une grande partie des Libyens qui ont goûté à la révolte, la Libye de Kadhafi ne sera plus jamais la même.

  • Une zone d'exclusion aérienne peut-elle renverser la tendance ?
Une zone d'exclusion aérienne, à supposer qu'elle soit validée par le trio Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, avec une forme quelconque d'aval du Conseil de sécurité de l'ONU, aura avant tout une portée symbolique. Jusqu'ici Kadhafi a fait un usage modéré de ses forces aériennes, qui ne se sont pas avérées décisives dans la reconquête territoriale de ces derniers jours. Ce n'est donc pas une telle mesure qui va changer drastiquement la donne militaire sur le terrain. D'autant que ses paramètres sont ajustables à l'infini (quelle zone sera protégée ? quelles sont les règles d'engagement ? quelles armes seront utilisées ?), offrant une efficacité à géométrie variable.
Par contre, le vote d'une zone d'exclusion aérienne ferait passer un message très clair à Kadhafi, à savoir que la communauté internationale se pose en protectrice de la rébellion – comme elle l'avait fait pour les Kurdes et les chiites en Irak dans les années 1990, ou en Bosnie-Herzégovine en 1993. C'est aussi le genre de mesure qui permet de « dégrader » progressivement l'armée adverse comme cela avait été le cas en Irak, où les chasseurs américains détruisaient régulièrement des armements irakiens (batteries anti-aériennes, stations de radar, avions) sous le prétexte, pas toujours avéré, qu'ils se montraient menaçants.
Surtout, une zone d'exclusion aérienne est désormais demandée à la fois par le CNT et par la Ligue arabe. Les appréhensions occidentales contre une intervention dans un pays arabe, ou la volonté de voir la « révolution » réussir de manière autonome, n'ont désormais plus lieu d'être à partir du moment où les rebelles eux-mêmes réclament cet appui, et que les pays arabes l'approuvent.

  • Faut-il armer les rebelles ?
Cette solution a été l'une des premières à être évoquée dès qu'il est apparu que Kadhafi ne tomberait pas aussi facilement que souhaité. Un certain nombre d'experts juridiques ont même expliqué que l'embargo contre les armes en direction des zones de combat pouvait facilement être contourné. Mais si cette option apparaît facile et séduisante (rapide, peu coûteuse, moins risquée), elle est en fait bien plus problématique. Si la rébellion de Benghazi manque d'armes, elle manque encore plus cruellement d'expertise pour s'en servir. Surtout, le précédent de l'Afghanistan dans les années 1980 devrait inciter à la prudence. Toutes les belles armes livrées par les Etats-Unis, et la formation des moudjahiddines pour les utiliser, tout a fini par se retourner contre les intérêts sur le long terme de Washington.

En ce début de semaine, une course contre la montre est désormais lancée : entre l'avance des forces de Kadhafi et la prise de décision de la communauté internationale. Si les premières arrivent aux portes de Benghazi avant que la seconde n'ait pris de décision, une zone d'exclusion aérienne ne servira plus à grand-chose. À défaut de pouvoir véritablement gouverner son pays, Kadhafi aurait alors la satisfaction d'avoir « repoussé » les Occidentaux. Ce qui serait sans doute pour lui une victoire plus douce encore.

lundi 14 mars 2011

Journal de Zoé : Monde Diplomatique

Lundi 14 Mars 2011

Je trouve sur le site du Monde Diplomatique un article daté du 13 Mars. Cliquer ici pour voir.

Journal de Zoé : Japon tue Lybie

Lundi 14 Mars 2011

Une nouvelle chassant l’autre, le risque nucléaire japonais enterre les révolutionnaires lybiens aussi sûrement que les mercenaires de Khadafi.

Témoin « Tout l’essentiel » de Médiapart

Edition de 9h

Au Japon, deux explosions se sont produites au niveau du réacteur 3 de la centrale nucléaire de Fukushima 1. Le circuit de refroidissement du réacteur n° 2 a cessé de fonctionner. En Libye, les opposants continuent de perdre du terrain. En Côte d'Ivoire, les troupes de Laurent Gbagbo sont passées à l'offensive à Abidjan. Et l’un des responsables sécurité de Renault est soupçonné d'avoir détourné l'argent alloué pour l'enquête interne sur les trois cadres suspectés d'espionnage.  

Toujours sur Médiapart, voici dans l’ordre les titres de la colonne centrale :

Le Japon confronté au risque nucléaireNouvelle explosion dans la centrale Fukushima


analyse

Le nucléaire au Japon: histoire d'un long désamour

reportage

Comment parle Marine Le Pen? Une journée dans le Var

reportage

En Loire-Atlantique, Cécile Duflot et les écolos espèrent créer la surprise

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La psychiatrie mobilise contre la réforme des soins sous contrainte

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Comment les premières victimes du Mediator ont été escamotées

entretien

A Reykjavik, la bataille d'un Internet libre contre «les vieux Etats-nations»

Et, très loin derrière,

Révolutions du monde arabe : tous nos articles où on peut trouver de l’information sur la Lybie.