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mercredi 17 août 2011

Journal de Zoé : Affaire Dreyfus

Mercredi 17 Aout 2011

Toujours rien de tante Jeanne. Peut-être devrais-je l’appeler.

J’avais commencé avec Lucien, à partir d’éphémérides trouvées dans le livre d’Alexandre Zévaès sut l’Affaire Dreyfus à cnstruire un tableau des évènements intégrant les notes de lecture des Histoires Contemporaines--notes prises par Lucien—et les références à l’Affaire que je pourrai glaner dans l’Almanach du Pèlerin.
Projet en panne :
Lucien est trop occupé par son Aventure Galactique.
J’attends les exemplaires de l’Almanach du Pèlerin couvrant la période qui m’intéresse.
La commande est faite mais la livraison tarde.

samedi 6 août 2011

Journal de Zoé : ce que l'on écrivait en 1937

Samedi 6 Aout 2011

J’ai reçu hier un nouvel arrivage d’almanachs du Pèlerin. Je ne désespère pas de compléter une collection de 1894 à 1957 environ.
Dans l’almanach pour 1938, rédigé donc en 1937, je trouve ce titre :
AURONS-NOUS, L’AN PROCHAIN, UN NOUVEAU CALENDRIER ?...
Ce projet, qui n’a pas abouti, ne se donnait pas pour but, contrairement à la correction au XVIème siècle de Grégoire XIII, de mieux s’adapter à la révolution annuelle autour du Soleil, mais plutôt d’assurer une meilleure répartition des jours fériés. On envisageait, par exemple, de donner une date fixe à la fête de Pâques, mais aussi de faire en sorte que le Premier Janvier tombe toujours un dimanche ; je n’ai pas très bien compris quel découpage de l’année aurait permis d’obtenir ce résultat …

La même année, on pouvait lire, sous le titre DE LA TERRE À LA LUNE,
« Non ! Il n’est pas possible d’effectuer ce voyage, et voici pourquoi : …»

Un de ces jours, je recopierai l’article. Il en vaut la peine.

dimanche 17 juillet 2011

Journal de Zoé : ma tante et mes enchères

Dimanche 17 Juillet 2011

Hier soir, j’ai reçu un appel téléphonique de tante Jeanne qui m’a dit, en substance :
« Ma petite chérie, je m’aperçois que tu es partie depuis un mois tout rond et que tu dois te demander pourquoi tu n’as encore rien reçu. Nous nous étions promis de ne pas utiliser le téléphone mais j’estime qu’il s’agit d’un cas de force majeure. Je n’ai pas encore écrit la première ligne ; un peu à cause de mes doigts, beaucoup à cause du brouillard qui voile mes souvenirs ; et la relecture de mes affabulations ne m’aide pas vraiment. »

Pour l’objet défini comme «Anciens Serre-livres en bois ART DECO 1930 - RARE»déniché* sur eBay, il ne sera pas à moi quelqu’un ayant enchéri sur moi. Bien qu’il reste 2 jours pour surenchérir, je n’en ferai rien, ma première offre me paraissant bien trop haute pour l’objet proposé.
Ni assez joueuse, ni assez collectionneuse pour risquer davantage.

*Il est clair qu’un objet trouvé ou repéré chez un brocanteur ne peut être que déniché.

lundi 27 juin 2011

Journal de Zoé : Cafard

Lundi 27 Juin 2011


Hier, nous avons pédalé « sur la montagne ».
Aujourd’hui, pic de chaleur. Nous restons chez nous.

Les travaux chez Lucien et Charlotte n’avancent pas de façon satisfaisante.

Un brin de cafard.
À cause de Gaby.
Nostalgie de …..

S’il semble bénéfique à Charlotte de parler de sa mère sur son blog, je ne crois pas que parler ici de Gaby serait pour moi une bonne idée.
Charlotte parle d’une personne insupportable, unanimement jugée insupportable.
Charlotte souffre d’être privée d’une mère « normale ».
Charlotte sait qu’elle n’y peut rien.
Pour moi, j’ai peut-être ma part de responsabilité dans le d épart de Gaby.
Nos deux problèmes sont fondamentalement différents.

Supplément en soirée fourni par Sidonie, le chat de Charlotte, qui cherchait à combattre mes idées noires.

samedi 25 juin 2011

Journal de Zoé : parlerons-nous de Gaby?

Samedi 25 Juin 2011

Aujourd’hui, vélo.

En pédalant, je songeais à ce que j’écrirais ici.
La logique voudrait, je crois, que je vous parle maintenant de Gaby.

Si ceci était l’œuvre de l’auteur AC dont je vous parlais l’autre jour, nous aurions  probablement droit à une mise en parallèle de mon histoire et de celle de ma tante, par exemple, Zoé raconte son Gaby, une lettre arrive qui contient presque la même histoire, habilement décalée…

En vérité, parler de Gaby est encore trop difficile pour moi.

vendredi 24 juin 2011

Journal de Zoé : la réponse la plus simple sera la meilleure

Vendredi 24 Juin 2011

« Quel Gaby ? » me demandait mon lecteur attentif.

Le mien évidemment. Il se trouve, par un hasard pas si extraordinaire après tout, que Jeanne eut son Gaby et que moi, Zoé, j’eus le mien quelques années plus tard et qu’il n’y avait entre eux aucun lien, sauf peut-être--mais là je me laisse sans doute emporter par mon imagination—le lien que mon subconscient aurait pu construire en nourrissant l’inexplicable attraction qui me poussa vers mon Gabriel du souvenir perdu de l’autre.

vendredi 27 mai 2011

Journal de Zoé : De plusieurs événements

Vendredi 27 Mai 2011

Si je n’ai encore rien dit de l’Affaire DSK, c’est parce qu’il me parait prématuré d’avoir une opinion. Disons quand même que le système judiciaire américain me semble aberrant, que je ne partage pas la colère « féministe » qui s’est exprimée depuis quelques jours, que je n’ai aucune sympathie politique pour DSK mais que je souhaiterais un peu plus de sérénité.
Le futur accouchement de Mme Sarkozy  dont j’avais dès 2008 prévu la date ave une bonne précision—mais cela nécessitait-il des dons exceptionnels ?—m’amuse beaucoup. J’ai parié avec Lucien que l’événement serait télévisé. Il prétend que c’est inenvisageable. Charlotte ne se prononce pas.

J’ai reçu ce matin une nouvelle lettre que j’ai pris le temps de transcrire intégralement :

Ma chère Zoé,
Ce 14 Mai, je reprends cette correspondance. Voici  précisément deux semaines que ma précédente lettre t’a été expédiée. Je crois me rappeler m’être embarquée dans d’assez longues et peut-être même confuses digressions pour justifier mes souvenirs parfois discutables ; j’ai dû évoquer quelques exemples de souvenirs construits et probablement aussi d’autosuggestion. Il s’agissait de préciser la « fraternité » de mes deux « amis » et de justifier mon erreur sur l’Ecole Normale. J’ai, depuis le départ de ma lettre, pensé qu’un autre détail a pu te paraitre suspect : l’engagement de ton père dans la Résistance, chose dont tu n’as jamais entendu parler—et pour cause-- et qui effectivement, à la réflexion, parait bizarre.
La fatigue m’avait arrêtée. Aujourd’hui, 19 Mai, je peux reprendre ma rédaction.  J’en étais donc à ce que je t’avais précédemment écrit de notre passé de « résistants ». Là encore, j’ai légèrement modifié la réalité, mais, là encore, il n’entre aucune malice, aucun calcul : la vision que nous pouvions avoir de nos actions dans ces sombres années est, si tu y réfléchis, bien différente de celle que vous pouvez en avoir, des années plus tard, vous qui n’avez pas, ou si peu, connu cette époque ; à l’habituelle cause de la différence de « point de vue » entre générations, le passage du temps, vient s’ajouter le changement radical  que nous connaissions alors, ce recul sans précédent de civilisation, ce retour brutal aux temps barbares ; c’était la fin du monde dans lequel nous avions grandi, c’était le retour de la Loi du plus fort et, dans ce contexte-là, un acte banal de la vie quotidienne des années précédentes, des années dont on ne savait même plus si elles avaient été « normales », devenait indiscipline, devenait acte de résistance.
Encore arrêtée par l’arthrite et aussi par la fatigue due à l’agitation provoquée par le retour des souvenirs, je peux reprendre ce 23 Mai.
Je voulais te parler de ma vie avec Paul et ses enfants et me voilà aux prises avec un passé que je croyais pour toujours disparu, avec un Temps que je ne souhaitais pas vraiment retrouver. Je t’expliquais—et peut-être l’expliquais-je à moi-même-- que notre vision de la réalité étant faussée par ce que nous vivions, il est bien possible que nos souvenirs l’aient été de la même façon.
Oui. Nous vivions dans un monde irréel dont la sortie a été pour la plupart d’entre nous un immense soulagement et de ce monde, de cette vie, nous n’avons après tout gardé que le souvenir que l’on peut conserver d’un cauchemar. Et puis ne négligeons pas non plus l’influence de l’image donnée après coup de l’époque, des décennies de « pieux mensonges » où l’on a voulu occulter ce qui dicta d’évidence notre comportement réel, survivre, ne pas se faire remarquer, rien de bien glorieux sans doute, et, au sortir de tout cela, comment petit à petit ne pas se persuader que nous avions bien été ces héros…..
Oh ! Des héros, il y en a eu. La plupart en sont morts. Mais ton père et nous, ….
Nous avons quand même un peu aidé, un tout petit peu. Je te raconterai cela plus tard. Je dois m’arrêter maintenant.
Mercredi 25 Mai 2011
Le facteur vient de m’apporter ta lettre.
« J’ai beaucoup réfléchi, « tantine », et me suis finalement résolue à venir vous voir. Il m’est impossible de préciser la date, mais ce sera aux alentours du 15 Juin» me dis-tu. C’est donc de vive voix que je te poursuivrai mon récit.
A bientôt, ma petite Zoé.
Tante Jeanne

lundi 9 mai 2011

Journal de Zoé : Souvenirs?

Lundi 9 Mai 2011

Suite de la lettre de « tante Jeanne » qui peine à expliquer ses incohérences précédentes et qui n’y parvient pas vraiment.

J’ai pu être incohérente dans ma première lettre ; je crois, par exemple, avoir utilisé le mot « frères » pour parler des liens entre Paul et Gaby ; s’ils ne l’étaient pas pour les services d’identité, ils ont, jusqu’à leur rupture, défini ainsi leur attachement ; il y a là toute une histoire, leur rencontre, la protection apporté par Paul au petit Gaby(n’oublions pas les sept ans d’écart), que je te conterai peut-être un jour, de vive voix, si tu décides de venir me voir. Tu as pu me prendre pour un imposteur ou une mythomane.
Tu nous appelais réellement « tonton et tantine » en ce temps-là et qu’importe que les liens  du sang n’aient jamais existé.
J’ai surement commis une autre erreur, une erreur que Gaby et moi avons faite toute notre vie, une erreur qui peut, si vous l’avez remarquée, vous avoir fait croire à de l’affabulation ; je pense avoir dit que Gabriel et moi étions à l’Ecole Normale en 43 ce qui est impossible, Pétain l’ayant supprimée des 1940. Eh bien, cela je l’ai dit parce que j’y croyais, j’y ai cru fermement, et Gabriel aussi, durant des années ; ce n’est qu’aujourd’hui, parce que j’essaie de me remémorer le contenu de ma lettre précédente, ce qui m’oblige à un effort intellectuel que je néglige habituellement—habituée à dire « Nous étions à l’Ecole normale en 1943 », je le rabâche  sans réflexion ». En réalité, nous avons fait un stage à l’Ecole Normale rétablie après la Libération et, par un effet que je m’explique mal, nous avons cru de bonne  foi en avoir été les élèves plus tôt, ce qui aurait très probablement été le cas si le monde n’était pas devenu fou.

Oui, « ma tante », oui, la mémoire nous joue tous les tours imaginables, comme par exemple ce pauvre Lucien qui croit maintenant m’avoir poussée dans un torrent et dont je me demande s’il ne vient pas tout juste de « se faire suggérer » cet ancien souvenir… Là, j’exagère peut-être.

samedi 7 mai 2011

Journal de Zoé : Salmigondis

Samedi 7 Mai 2011

Fatiguée.
Du Vent ! Toujours du Vent !

J’avance très lentement dans la transcription de la Lettre.
Le passage que je suis en train de « traduire » est particulièrement ardu, un peu par la forme, la calligraphie en est monstrueuse, beaucoup par le sujet dans lequel elle s’est embarquée--les tours que nous joue la mémoire et particulièrement avec l’âge—, dans lequel elle s’emmêle, voulant trop prouver et accumulant des exemples qui nous éloignent sensiblement de l’objet de sa lettre. Si je comprends bien, ce qu’elle écrit là tend à rattraper les « gaffes » de la première lettre.

Charlotte me demande de répondre aux commentaires qui me sont adressés sur son blog.
Je verrai cela demain.


vendredi 6 mai 2011

Journal de Zoé : Journée médiocre

Vendredi 6 Mai 2011

Journée médiocre.
Je me suis levée « couci-couça » et je crains que la journée entière ne soit de la même sorte.
Le torrent de « tante Jeanne » y serait-il pour quelque chose ? Ce n’est pas impossible.
J’ai effectivement un vague souvenir de cet épisode, mais dans mon souvenir, que je croyais d’ailleurs imaginaire, un rêve ancien, je n’étais nullement effrayée ; certes, je revoyais l’affolement de mon père se portant à mon secours, et cela je le revoyais très précisément, mais c’était tout ce qui me restait de cette scène ; à bien y réfléchir, ma mémoire n’avait d’ailleurs enregistré que la présence de mon père.
J’en ai parlé à Lucien. A ma très grande surprise, il se rappelait tout, y compris la présence d’autres personnes. Et il m’a avoué qu’il lui en est resté un sentiment de culpabilité, qu’il a l’impression, sans certitude, de m’avoir poussée dans l’eau.

Voilà pour le torrent.

Je n’ai pas eu le courage de reprendre la lettre de « tantine ».

Journée médiocre.
Grand vent.

jeudi 5 mai 2011

Journal de Zoé : Rudes Journées

Jeudi 5 Mai 2011

Aujourd’hui, non seulement Zoé et Lucien Bergeret mais aussi, par une coïncidence troublante, Charlotte fêtent leur soixante-huitième anniversaire.
Le maçon est enfin venu ce matin. Il a dressé un échafaudage le long de la façade Sud de la maison de Charlotte et Lucien. Il doit revenir Lundi avec son équipe pour les premiers travaux de ravalement. Si j’ai bien compris, ils commenceront par la restauration des encadrements de fenêtre.

Suite de la lettre de « tante Jeanne » qui répond partiellement à nos interrogations :

Te souviens-tu de nos pique-niques ?
As-tu oublié ce jour où tu as glissé dans un torrent ? Tu avais quatre ans. Tu peux avoir gardé ce souvenir-là. Si un souvenir de cette époque t’est resté, ce ne peut être que celui-là. L’incident, en réalité, n’a pas été si grave, ni le danger si redoutable, mais nous avons cru un instant te voir emportée et nos cris vous ont tant effrayés, Lucien et toi, qu’il nous a fallu près d’une heure pour parvenir à vous rassurer. L’angoisse éprouvée ce jour-là devrait, me semble-t-il, avoir laissé quelque trace chez de si jeunes enfants.
Si je te raconte cela, c’est évidemment dans l’espoir de te donner une preuve de la réalité de notre lien ancien.
J’ai pu être incohérente dans ma première lettre ; je crois, par exemple, avoir utilisé le mot « frères » pour parler des liens entre Paul et Gaby ; s’ils ne l’étaient pas pour les services d’identité, ils ont, jusqu’à leur rupture, défini ainsi leur attachement ; il y a là toute une histoire, leur rencontre, la protection apporté par Paul au petit Gaby(n’oublions pas les sept ans d’écart), que je te conterai peut-être un jour, de vive voix, si tu décides de venir me voir. Tu as pu me prendre pour un imposteur ou une mythomane.
Tu nous appelais réellement « tonton et tantine » en ce temps-là et qu’importe que les liens  du sang n’aient jamais existé.

Je relève dans l’article du jour de Chevillard cette bonne illustration des informations « en boucle » du moment :
Mauvaises idées… la barbe postiche… le Pakistan… aurait dit Xavier Dupont de Ligonnès dans un râle ultime.

Je n’aurai probablement plus de temps aujourd’hui pour les travaux de déchiffrage-transcription. J’attends la livraison d’un petit meuble. Livraison promise pour l’après-midi du Jeudi 5 Mai.
Attendons !

mardi 3 mai 2011

Journal de Zoé : La deuxième lettre

Mardi 3 Mai 2011

La Lettre est arrivée au courrier de ce matin.
Toujours les mêmes pattes de mouche désordonnées.
J’ai eu le temps de transcrire le début.
J’utilise cette fois une police que je n’avais pas remarquée précédemmentet qui évoquera mieux la lettre manuscrite :  Lucida Handwriting.

Ma mère, je ne sais pas si tu t’en souviens, mais non, suis-je sotte, tu ne peux pas l’avoir rencontrée si je ne la voyais plus moi-même à cette époque-là, ma mère était une femme de l’ancien temps et, je ne dis pas une bourgeoise, mais issue de la bourgeoisie. Sa mère avait toujours eu plusieurs bonnes, la mienne avait un peu déchu et l’époque avait changé, il devenait difficile de « se faire servir » comme elle ne cessait de répéter n’importe quand et n’importe à qui. J’ai été élevée dans l’idée surannée qu’une « demoiselle bien élevée doit être capable de  tout faire dans son ménage, non parce qu’elle aura à le faire elle-même—à Dieu ne plaise !--, mais parce qu’elle aura sans doute à former ses bonnes et que pour en être respectée elle devra se montrer compétente ».
Ses bonnes, ma mère les choisissait parmi les jeunes personnes de M… que leurs parents souhaitaient « placer » en ville. Ces gamines, sous prétexte de « formation », assuraient notre service pour presque rien ; je ne trouve pas d’autre mot que « rien » pour les conditions dans lesquelles elles étaient « logées, nourries, blanchies ».
Et voilà que je parle de ma mère et que je ne sais même plus ce que je voulais t’écrire.
Si j’ai commencé cette lettre, c’était pour te parler de notre passé commun, te le faire connaitre, car il me semblait indispensable de savoir qui nous sommes vraiment. Et maintenant, je m’interroge sur la nécessité de tout cela. Cette grande fatigue que je m’impose te sera-t-elle vraiment utile ? Pourquoi remuer le passé ?
Ce 11 Avril 2011, je reprends ce courrier.
Voilà plus de deux semaines, je t’ai envoyé les premiers feuillets.
Les premières lignes de ce texte-ci étaient alors déjà rédigées.
Je les conserve et commence maintenant une deuxième lettre où j’essaierai de conter l’essentiel, c’est-à-dire la vie de Jeanne, Paul et Gabriel avec les jumeaux.
Ma chère petite Zoé,
………..

samedi 16 avril 2011

Journal de Zoé : OUI.....MAIS

samedi 16 avril 2011

AC ou dinosaure ou quelqu’autre me demandait ce que Charlotte pensait de ma tentation d’aller voir « ma tante ». Eh bien ! Comme vous vous en doutez, Charlotte, comme Lucien, pense que je ferais une folie.
« J’admets que tu souffres d’une enfance sans mère, j’admets que tu veuilles vérifier un souvenir qui te hante et que tu n’as jamais pu étayer, mais quelle certitude obtiendras-tu ? Ce qu’elle te dira semblera confirmer tes impressions, mais comment savoir si elle ment ? Et tu sais bien qu’il est presque évident qu’elle ment. Tu ne vérifieras rien. Par contre, tu as toutes les chances de te faire « bouffer », ma vieille. Et je sais de quoi je parle. »

Et je sais qu’elle a raison.
Et je sais qu’elle sait « de quoi elle parle » quand elle me dit que je me ferai « bouffer ».

Mais je sais aussi que la « petite Zoé » a grande envie d’avoir une « tante Jeanne ».

vendredi 15 avril 2011

Journal de Zoé : fin de la lettre

Vendredi 15 Avril 2011

Je suis rentrée hier soir d’une sortie de deux jours épuisante. Nous avons alterné marches et bicyclette et je me demande si cela convient encore à nos âges.
Suite et fin de la lettre de « ma tante »

Donc pour en revenir à mes amours avec Paul et Gaby, nous formâmes un ménage à trois, harmonieux, ma foi, jusqu’en Septembre 45.
Là, je devine que tu vas penser « Mais, en Juillet 44, cette gamine avait au plus 18 ans, d’après ce qu’elle me dit ; le village de M… est un petit village où une histoire de ce genre ne pouvait que faire scandale ; comment les parents ont-ils accepté cette situation ? »
C’est une question que je me pose encore. L’époque était bizarre, vois-tu ? Nous n’étions plus vraiment là. Me rechercher aurait signifié me livrer à la Gestapo. Peut-être même ont-ils eu peur de Paul ? Ils n’ont rien essayé, à ma connaissance. Par la suite, au retour à la normale, ils ont refusé de me revoir. Et cela m’a été, m’est toujours, indifférent.
Mais est-il bien utile de revenir sur tout cela ? Mon pauvre Gabriel ! Mon pauvre Paul ! Je me suis longtemps interrogée avant de me décider à commencer cette lettre, voici déjà une semaine, et je me demande encore si je vais aller au bout. Tu n’imagines pas combien cela est pénible avec mes pauvres doigts déformés par l’arthrite. Je ne peux écrire que quelques lignes chaque jour ce qui ne m’aide pas toujours à suivre un ordre logique irréprochable. Tu as du remarquer cela et aussi mes différences d’écriture ; certains jours j’écris presque comme autrefois, mais la plupart du temps cela devient si irrégulier que j’ai moi-même toutes les peines du monde à me relire. Et ce n’est pas seulement mon écriture qui m’abandonne, ce sont aussi certains souvenirs, hélas ! Je ne suis même pas totalement assurée de la réalité de ce que je te raconte là.
Voilà un mois, j’ai ressorti un tas de vieilles lettres pour retrouver des repères. Tiens ! Je me demande si Claudine n’est pas tombée dessus  et si ce n’est pas son « roman d’amour un peu comme Jules et Jim ». Après tout, grand bien lui fasse ! Je ne vois pas ce que ma godiche pourra en tirer.
Tiens ! J’ai dit « godiche » comme ma mère quand elle parlait de ses bonnes.
Je crois que je vais quand même t’envoyer ce que j’ai déjà écrit et peut-être, à moins que tu ne viennes me voir avant pour entendre la suite de vive voix, t’en dirai-je un peu plus dans une prochaine lettre.
Celle qui fut pour toi,
                                       Tante Jeanne.

J’ai presqu’envie d’aller la voir, mais Lucien me le déconseille fortement. Il dit que je vais m’engluer dans une sorte de chantage aux sentiments et je pense qu’il a raison, mais j’entends dans cette lettre un appel au secours qui ne me laisse pas indifférente.
Et surtout, surtout, il y a ce vague souvenir qui me poursuit depuis si longtemps : je sais, ma raison sait que je ne peux pas avoir de souvenir de ma mère et pourtant, depuis toujours j’ai l’image vague  d’une présence maternelle. Pourquoi ne serait-ce pas Jeanne précisément ? Il peut y avoir dans son récit un fond de vérité. Mon père n’a jamais eu de frère mais cela n’implique pas l’inexistence d’un Gabriel et d’une Jeanne. C’est peut-être mon passé qui m’est offert.
Lucien me dit que je risque surtout d’y perdre ma belle indépendance. Il a raison. C’est évident.

lundi 11 avril 2011

Journal de Zoé : Jeanne, Paul et Gaby (suite)

Lundi 11 Avril 2011

Ni marche, ni vélo aujourd’hui. Le temps n’est pas propice et cela est fort heureux ; mes cuisses ont besoin de repos.

J’ai donc repris la lettre de « ma tante ».
La tâche n’est pas aisée : écriture minuscule et désordonnée, ratures nombreuses, ponctuation pas toujours évidente (j’ai du refermer une parenthèse  ce matin), plusieurs mots illisibles (je ne suis même pas assurée d’avoir toujours transcrit le mot exact), logique défaillante ; dans ma transcription, j’essaie d’aérer un peu par des sauts à la ligne ; dans l’original, tout est serré, confus et, de surcroit, Jeanne utilise une méthode que je croyais disparue avec la génération de ma grand-mère : une page remplie, elle continue dans les marges sur la feuille tournée à 90 degrés.

Voici donc la « livraison » du jour :

Revenons à mes amours avec ton père et ton oncle, des amours dans le « style Jules et Jim » te disais-je à peu près. En réalité, ce n’était pas vraiment comparable au roman où, si je me souviens bien, Jules rencontre Kathe (devenue Catherine dans le film de Truffaut ; tiens ! n’est-il pas amusant que l’on se rappelle sans erreur les prénoms des garçons, évidemment à cause du titre, et jamais celui du personnage joué par Jeanne Moreau alors que je te défies de me donner les noms des acteurs masculins ; à ce propos, j’ai découvert récemment que Henri Serre qui joue Jim n’a tourné que peu de films sans intérêt d’ailleurs dont un OSS117 ; je ne sais pas s’il était Hubert machin… il avait le physique), Jules rencontre donc Kathe, la présente à Jim, tout cela peut cadrer mais Jim et Kathe ne deviennent amants que des années plus tard après une longue séparation du couple allemand Jules-Kathe et du français Jim.
Donc pour en revenir à mes amours avec Paul et Gaby, nous formâmes un ménage à trois, harmonieux, ma foi, jusqu’en Septembre 45.
Là, je devine que tu vas penser « Mais, en Juillet 44, cette gamine avait au plus 18 ans, d’après ce qu’elle me dit ; le village de M… est un petit village où une histoire de ce genre ne pouvait que faire scandale ; comment les parents ont-ils accepté cette situation ? »
C’est une question que je me pose encore. L’époque était bizarre, vois-tu ? Nous n’étions plus vraiment là. Me rechercher aurait signifié me livrer à la Gestapo. Peut-être même ont-ils eu peur de Paul ? Ils n’ont rien essayé, à ma connaissance.
Par la suite, au retour à la normale, ils ont refusé de me revoir. Et cela m’a été, m’est toujours, indifférent.

mercredi 6 avril 2011

Journal de Zoé : un amour de Paul

Mercredi 6 Avril 2011

Marche ce matin avec Charlotte.
Le dernier billet d’Assouline m’a donné envie de me procurer le dernier Eco.

J’ai réussi à transcrire quelques lignes supplémentaires de « ma tante » où le roman-feuilleton prend forme et qui nous conduira sous peu, je vous le promets, à un épisode « Jules et Jim »:

Ici, il me semble nécessaire de commencer mon récit à son commencement, c’est-à-dire en Décembre 43. Ton oncle Gabriel et moi étions alors à l’Ecole Normale, c’était notre première année. Nous nous « fréquentions » comme on disait alors. J’avais obtenu de mes parents l’autorisation—je n’avais pas dix-huit ans et, à cette époque et pour longtemps encore la majorité ne s’obtenait pas avant vingt et un ans--, j’avais donc l’autorisation, car ils avaient en moi toute confiance, de passer la soirée et la nuit de Noël—à ce moment-là, en pleine occupation, avec le couvre-feu, la soirée impliquait toute la nuit, bien évidemment-- dans la famille de ton oncle Gaby. C’est là que je rencontrai  Paul pour la première fois. Veuf, un peu mélancolique, genre « beau ténébreux » de cinéma, il ne pouvait manquer d’éveiller l’intérêt d’une adolescente romantique et, il faut le dire, un peu niaise.
Dès le premier regard, je ne vis plus que lui et je dois à la vérité de dire que ce fut réciproque ; c’était, à n’en pas douter, ce coup de foudre dont je croyais l’existence réservée au cinéma et à la littérature pour demoiselles pales comme l’a nommée quelqu’un dont le nom m’échappe pour l’instant. Je ne luttai pas, lui non plus, « je fus toute à lui » comme on peut le lire dans le genre de romans roses dont je te parlais à l’instant. Quand il me dit son appartenance au « parti » et à la Résistance, …..

mardi 5 avril 2011

Journal de Zoé : Nouvelle police

Mardi 5 Avril 2011

J’ai été fort occupée aujourd’hui : rendez-vous en ville pour une affaire de famille, préparation du repas.

J’essaie, pour la lettre de « ma tante », une police plus proche de sa véritable écriture mais nettement plus lisible :

Ma petite Zoé,
Te souviens-tu de nos promenades dans les bois de M…. ?
Te souviens-tu seulement de Jeanne, « tante Jeanne »  pour toi?
Tu étais si jeune, nous nous sommes perdues depuis si longtemps, que je t’appelle encore « ma petite Zoé », bien que tu sois probablement bien près des soixante-dix, peut-être même les as-tu déjà. Si je me rappelle bien, tu n’avais que quinze ans de moins que moi et me voilà octogénaire depuis cinq ans.
J’avais vingt deux ans la dernière fois que je t’ai vue ; il me semble bien que tu venais d’en avoir cinq ; finalement, ce serait dix-sept ans de différence et cela te ferait soixante et huit ans. Je me trompe ?
C’était le printemps quarante-huit.
Mon Dieu ! Que c’est loin tout ça !  Gabriel était parti chez le notaire avec ton père ; j’étais restée pour garder « les petits », ma présence là-bas étant inutile ; je n’étais après tout qu’une pièce rapportée.
J’aimais bien vous garder ; vous étiez si sages, toi surtout, ma petite Zoé.
Ce jour-là, il faisait un temps magnifique, un vrai temps de printemps, un peu chaud, comme il arrive souvent en Mai ; je vous ai amenés au bord de la rivière où nous avons pique-niqué ; peut-être te rappelles-tu tout cela.
Ce que tu ne sais probablement pas c’est que Gabriel et Paul  devaient nous y rejoindre et ne sont jamais venus.
Que tout cela est loin ! Et cependant, je revois tout comme si nous le vivions encore : la belle journée, le retour, vous si joyeux, moi un peu inquiète de leur absence, l’arrivée chez Paul. Evidemment, tu ne peux pas te rappeler tout cela, Gabriel dans la voiture, prêt au départ, Paul qui sort de la maison dès qu’il entend vos rires, qui vous entraine, mon désarroi, Gabriel qui me fait signe de montrer dans la voiture, ma courte hésitation, notre départ.
Je sais que, de tout cela, vous n’avez jamais entendu reparler, Que Paul n’a plus jamais parlé de son frère, qu’il a interdit qu’on vous en parle ; tout cela, je le sais par votre tante Berthe.
J’ai su la mort de Paul, celle de Berthe ; dernier témoin de cette histoire, j’ai pensé que vous aviez le droit de savoir et que j’étais votre dernière chance et que le temps m’était compté ; pour cela, j’ai pris la décision de t’écrire tout ce que je sais ; pourquoi à toi, ma petite Zoé, plutôt qu’à Lucien ? Un réflexe naturel de vieille dame qui se sentira toujours plus à l’aise avec une autre femme.
La rupture des deux frères a eu une double raison, une raison immédiate, un conflit d’intérêt et une raison plus ancienne qui paraissait oubliée, qui a ressurgi  à cette occasion et où je fus malheureusement « celle par qui le scandale arriva ».
Ici, il me semble nécessaire de commencer mon récit à son commencement, c’est-à-dire en Décembre 43. Ton oncle Gabriel et moi étions alors à l’Ecole Normale, c’était notre première année. Nous nous « fréquentions » comme on disait alors. J’avais obtenu de mes parents l’autorisation—je n’avais pas dix-huit ans et, à cette époque et pour longtemps encore la majorité ne s’obtenait pas avant vingt et un ans--, j’avais donc l’autorisation, car ils avaient en moi toute confiance, de passer la soirée et la nuit de Noël—à ce moment-là, en pleine occupation, avec le couvre-feu, la soirée impliquait toute la nuit, bien évidemment-- dans la famille de ton oncle Gaby. C’est là que je rencontrai  Paul pour la première fois. Veuf, un peu mélancolique, genre « beau ténébreux » de cinéma, il ne pouvait manquer d’éveiller l’intérêt d’une adolescente romantique et, il faut le dire, un peu niaise.


lundi 4 avril 2011

Journal de Zoé : En attendant "tante Jeanne"

Lundi 4 Avril 2011

Lu ce matin chez Chevillard :

Il alla chercher la sagesse jusqu’en Orient et, lorsqu’enfin il parvint au détachement suprême qui lui fit mépriser la gloire, les honneurs et toute forme de reconnaissance, il dut reconnaître qu’il se moquait aussi de l’amour désormais, qu’il n’avait plus de goût pour le chocolat liégeois et que la vie en somme lui semblait une plaisanterie un peu longue et fastidieuse.

La suite de la lettre de « tante Jeanne » qui, d’après mes premiers déchiffrages, tente de nous vendre un croisement de Jules et Jim et de L’armée des ombres me demande beaucoup de temps : sa calligraphie ne rend pas la lecture facile mais surtout j’essaie de contrôler la vraisemblance historique de son récit ce qui me ralentit beaucoup. Au moins, tout cela m’aura permis d’acquérir  une petite culture sur la période 40-45.
Pour l’instant, je n’ai noté dans son récit que deux erreurs.
Croire que nous goberions le nouveau frère de notre père sans aller vérifier les papiers de famille et que nous ne trouverions pas le livret de famille qui établit que Pierre-Jules Bergeret et Simone née Thibault n’ont eu d’autre enfant que Paul, né en 1918 et Berthe née en 1922 était un peu naïf « tantine » !
Et prétendre que vous étiez entrés à l’Ecole Normale d’instituteur en 1943 alors qu’elle avait été supprimée par Pétain dès 1940 !

Cette suite viendra. Qu’on me laisse un peu de temps.


samedi 2 avril 2011

Journal de Zoé : du temps de "Vichy"

Samedi 2 Avril 2011

Ne jamais oublier que Paul Claudel écrivit ceci en 1940 :

« La France est délivrée après soixante ans de joug du parti radical et anticatholique (professeurs, avocats, Juifs, francs-maçons). Le nouveau gouvernement invoque Dieu et rend la Grande Chartreuse aux religieux. Espérance d'être délivré du suffrage universel et du parlementarisme. »


Suite de la lettre de « tante Jeanne » qui contient un indice irréfutable de son imposture :

La rupture des deux frères a eu une double raison, une raison immédiate, un conflit d’intérêt et une raison plus ancienne qui paraissait oubliée, qui a ressurgi  à cette occasion et où je fus malheureusement « celle par qui le scandale arriva ».
Ici, il me semble nécessaire de commencer mon récit à son commencement, c’est-à-dire en Décembre 43. Ton oncle Gabriel et moi étions alors à l’Ecole Normale, c’était notre première année. Nous nous « fréquentions » comme on disait alors. J’avais obtenu de mes parents l’autorisation—je n’avais pas dix-huit ans et, à cette époque et pour longtemps encore la majorité ne s’obtenait pas avant vingt et un ans--, j’avais donc l’autorisation, car ils avaient en moi toute confiance, de passer la soirée et la nuit de Noël—à ce moment-là, en pleine occupation, avec le couvre-feu, la soirée impliquait toute la nuit, bien évidemment-- dans la famille de ton oncle Gaby. C’est là que je rencontrai  Paul pour la première fois. Veuf, un peu mélancolique, genre « beau ténébreux » de cinéma, il ne pouvait manquer d’éveiller l’intérêt d’une adolescente romantique et, il faut le dire, un peu niaise.

vendredi 1 avril 2011

Journal de Zoé : Bouvard et Pécuchet, Poil de Carotte et Tante Jeanne

Vendredi 1er Avril 2011

Trouvé, ce matin, sur le blog l’autofictif de Chevillard qui me sert de portail d’entrée sur Internet, :
« Commentaire d’un lecteur de Bouvard et Pécuchet sur le site d’une librairie en ligne : Ce qui est admirable dans cette histoire c'est l'amitié entre ces deux hommes d'un certain âge qui se retirent pour tout apprendre, tout essayer. Mais le gros défaut, c'est cette volonté encyclopédique qui pousse Flaubert à être exhaustif. C'est finalement rébarbatif. Du coup, pas de quartier, trois étoiles sur cinq possibles. Bien sûr, n’importe qui est autorisé à penser n’importe quoi de toute chose et l’on peut aussi à bon droit reprocher à l’asperge de n’être pas un salsifis. »

J’ai cherché ce site et ce commentaire. Cela a été assez rapide : ayant demandé la recherche de Bouvard et Pécuchet  à Google, j’ai opté pour le résultat amazon et bien m’en a pris.
Grâce à cette recherche, j’ai découvert un article de Maupassant sur un site fort intéressant, article et site  que j’ai signalés à Lucien.

J’ai trouvé, toujours pour Julien, mais cette fois pour sa « mémoire de lecteur », un extrait de Jules Renard parlant de Poil de Carotte.

Je poursuis la transcription de la lettre de ma « tante »  qui me parait de plus en plus suspecte.
Disons que Lucien et moi avons facilement acquis la certitude de l’imposture.
Mais poursuivons et nous verrons :

Je sais que, de tout cela, vous n’avez jamais entendu reparler, Que Paul n’a plus jamais parlé de son frère, qu’il a interdit qu’on vous en parle ; tout cela, je le sais par votre tante Berthe.
J’ai su la mort de Paul, celle de Berthe ; dernier témoin de cette histoire, j’ai pensé que vous aviez le droit de savoir et que j’étais votre dernière chance et que le temps m’était compté ; pour cela, j’ai pris la décision de t’écrire tout ce que je sais ; pourquoi à toi, ma petite Zoé, plutôt qu’à Lucien ? Un réflexe naturel de vieille dame qui se sentira toujours plus à l’aise avec une autre femme.
La rupture des deux frères a eu une double raison, une raison immédiate, un conflit d’intérêt et une raison plus ancienne qui paraissait oubliée, qui a ressurgi  à cette occasion et où je fus malheureusement « celle par qui le scandale arriva ».


Je pense que ce sera tout pour aujourd’hui : je sors jusqu’à ce soir et n’aurai guère de temps à consacrer aux élucubrations de celle qu’il me plait, malgré tout, d’appeler « tante Jeanne ».